• Valérie COHEN

    Ce jeudi, Valérie Cohen était l’invitée de ma librairie. Interviewée par une jeune professeur de littérature, elle venait présenter son roman « Alice et l’homme-perle » paru en janvier aux éditions Luce Wilquin.
    Roman d’amour, d’amitié, de vie et de vieillesse, il nous conte la vie de sexagénaires pétillants, bien décidés à profiter de la vie. 

    Valérie Cohen considère la soixantaine comme une période de vie intense. Pour elle, on est vieux le jour où l’on abandonne ses rêves. Et son personnage, Alice, est une incorrigible rêveuse.

     

    On sent une vraie tendresse lorsqu’elle parle de ses personnages. Les sexagénaires d’aujourd’hui  n’étant plus du tout ceux d’hier. Ils sont actifs, énergiques, ont un rapport au corps, au désir, à la vie que n’avaient pas nos grands-parents. Les magazines pour seniors l’ont bien compris même s’il existe une vraie dichotomie entre les articles parlant de voyages et de sexe et les publicités pour les sièges Stana, les vitamines ou les chaises pour baignoire. 
    Valérie COHEN

     

    Valérie Cohen a réussi à créer une ambiance chaleureuse et joyeuse lors de cette rencontre, exactement comme dans son livre. Parmi la trentaine de personnes venues l’écouter, un peu plus de la moitié avait lu son roman et l’avait aimé, hommes ou femmes. Une belle unanimité.

    Si vous souhaitez faire sa connaissance, rendez-vous sur son site www.valeriecohen.be

     

     

     

     

     

     







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  •  Brigitte SMAJDA au Club adosBrigitte Smajda était l’invitée du club ados hier soir.
    Tunisienne, venue habiter en France à 8 ans, à la mort de son papa, elle est aujourd’hui professeur de littérature, écrivain et éditrice à l’Ecole des Loisirs, pour la section théâtre.
    Je l’ai trouvée très dynamique, drôle et passionnée par ses métiers. Elle parle de tous avec beaucoup d’enthousiasme. Elle a expliqué ce qu’est le rôle d’une éditrice, comment on choisit les manuscrits qui seront publiés, comment on travaille avec les auteurs…

    Romane, du club ados, a introduit l’écrivain Brigitte Smajda en lisant un texte écrit par les grands ados. Un texte sous la forme d’un lipogramme reprenant certains titres de ses livres. J’ai découvert ce qu’était l’Oulipo et les lipogrammes.

    Brigitte Smajda a écrit six livres pour adultes chez Actes Sud et une quarantaine de romans pour enfants et adolescents. Ils sont presque tous parus à l’Ecole des Loisirs. Elle s’inspire souvent de sa vie ou d’anecdotes vécues en classe pour trouver l’idée de ses romans. Elle nous a parlé longuement de son oncle Jo, le héros du « Cabanon de l’oncle Jo », un oncle qu’elle adorait et qui était silencieux. Une qualité rare chez les méditerranéens selon elle. Il vivait en HLM et avait eu l’idée de créer un jardin ouvrier sur le terrain vague au pied de son HLM. Il a été imité par d’autres habitants et ils se rassemblaient pour jardiner, parler, manger ensemble. C’est le sujet de son livre.Brigitte SMAJDA au Club ados

    Elle nous a aussi raconté la naissance de « J’ai hâte de vieillir » et des 6 autres livres de cette série qui met en scène Marie et Samuel. Et nous a parlé de « Il faut sauver Saïd » qui mêle des souvenirs personnels et des souvenirs de ses élèves. C’est un roman qui a reçu de nombreux prix et qu’elle aime particulièrement.

    J’ai vraiment aimé rencontrer cet écrivain et l’écouter parler. Elle a une voix chaude et grave et met à l’aise. Elle est sympathique et passionnée. C’était génial.

     

     

     

    Brigitte SMAJDA au Club ados

     


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  • Du 9 au 13 octobre a lieu « La Fureur de lire ». Cette manifestation qui existe depuis plus de vingt ans a pour objectif de valoriser les potentialités de la lecture ainsi que tous les acteurs de la chaine du livre : auteurs, éditeurs, libraires et bibliothécaires.

    Dans le cadre de cette manifestation, la librairie Pax recevait cette semaine Léonor de Récondo, auteure de Pietra Viva.

    Léonor DE RECONDO  

    Violoniste baroque, ayant débuté à 5 ans, elle écrit son premier roman en 2010.
    Ce troisième roman est un des grands succès de la rentrée. Il met en scène Michel Ange. Nous sommes en 1505 et il a trente ans. Jules II vient d’être élu Pape. Artiste reconnu, Michel Ange sera appelé à réaliser son tombeau. Il part donc pour Carrare, chercher le marbre nécessaire à ce dernier.

    Pourquoi avoir choisi d’écrire un roman autour de Michel Ange ?

    La littérature foisonne d’ouvrages sur Michel Ange. Mais il me parlait parce qu’il allait lui-même sur place, à Carrare pour choisir ses marbres. Il se confrontait à la matière, à la montagne.
    A l’époque, le terme artiste n’était pas usité, on parlait plutôt d’artisan. On commençait en bas de l’échelle, on apprenait le métier et on montait lentement les échelons de la hiérarchie. On servait un maitre, parfois  toute sa vie, préparant le travail, les toiles ou les sculptures pour le maître. Michel Ange a une vision de l’art bien différente. Il a forgé une autre vision de l’artiste, celle de quelqu’un qui avait quelque chose à dire, à exprimer à travers ses œuvres
    Il est resté dans la mémoire collective comme l’Artiste avec un grand A.

    Beaucoup de faits évoqués dans votre roman sont avérés par la correspondance de Michel Ange et ses biographes. Comment arrive-t-on à faire la part des choses entre la réalité et la fiction quand on écrit ?

    J’ai écrit ce livre parce que mon père est sculpteur et que j’ai passé beaucoup de temps dans les carrières de Carrare, un lieu magique et magnifique. Nous y allions en vacances et le café où nous aimions prendre un verre s’appelait « Le Michel Ange ». J
    Michel Ange a visité les mêmes lieux, est allé à Carrare où il est resté six mois, vivant au rythme de la carrière. Il s’est confronté à la matière, à la rudesse du travail des carriers. C’était important pour moi.

    J’ai commencé par lire les biographies qui ont été rédigées de son vivant. C’est assez rare pour le souligner. Puis je me suis attaquée aux écrits postérieurs puis aux livres consacrés aux techniques de travail du marbre. Je me suis ensuite plongée dans l’écriture. Mais je ne suis pas historienne. Mon chemin est avant tout romanesque et fictionnel.
    Plusieurs faits sont vrais mais ce qui m’intéresse, c’est davantage ce qui s’est passé en lui, ce que son voyage a changé. Il est parti abattu par la mort du jeune moine Andrea. Il passe ses soirées en solitaire, puis au fils des jours, il se laisse approcher, toucher. Pourquoi a-t-il changé de regard sur la vie, l’art, les autres ?

    Y a-t-il un lien entre le violon et l’écriture ?

    Je ne peux pas écrire en musique, cela me distrait. Quand j’écris, je mets des boules quies. J Pourtant ces deux activités sont en moi, cohabitent.
    J’aime le lien que la musique me procure avec les spectateurs lors des concerts. Après des heures de répétitions solitaires, il y a le travail d’équipe avec l’orchestre puis la rencontre avec le public.  Il n’y a pas ce partage dans l’écriture qui est un acte solitaire. D’un autre côté, la musique est cadrée, codée, il y a des temps, des pauses, des accords à respecter, de la rigueur. L’écriture, elle, me donne une vraie liberté.

    J’écris parce que j’ai adoré lire. Ouvrir un livre et entrer dans son univers, c’est magique, unique. Je lis tout azimut et ne me sens pas d’une école particulière en écriture. J’essaie de ne pas tout maitriser. Je veux avant tout rester dans l’émotion.


    Il m'a été permis de rencontrer une femme d'exception, intelligente, douce et simple. Un moment de plaisir, suspendu dans le temps...

     

     

     

     

     

     

     


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  • Valérie TONG CUONGCe 5 juin, mon libraire a convié Valérie Tong Cuong à rencontrer ses lecteurs à L’Oiseau-Lire à Visé. N’ayant jamais lu ses livres – dont je connaissais cependant les titres – j’ai profité de l’occasion.

    Après une carrière musicale et une en communication, elle fera de son loisir, l’écriture, son activité principale. En 2008, elle publie « Providence », en 2010 « L’ardoise magique » et en 2013 « L’atelier des miracles » trois des neuf romans parus à ce jour et qui traitent tous de sujets graves mettant en scène des personnes ayant du mal à se construire.

    Dans chacun de ces trois romans, Valérie Tong Cuong s’attache à nous montrer comment la vie peut basculer d’un moment à l’autre. A travers divers personnages auxquels elle donne la parole tour à tour, elle développe le postulat que tout est toujours possible, que chaque rencontre faite a du sens et qu’on ne peut avancer seul. Quel que soit notre parcours, on a besoin d’au moins un regard bienveillant pour avancer, de quelqu’un qui va nous faire voir les choses différemment. La seule condition étant d’être capable de déverrouiller soi-même en soi ce qui peut entraver la rencontre.

    Passionnée de neurosciences, elle lit régulièrement des comptes rendus d’études médicales sérieuses traitant des émotions, de la génétique du comportement ou de la perception sociale puis s’en inspire pour construire la trame de ses romans.

    Chaque roman met en scène des personnes en souffrance, dont l’origine est en lien avec l’enfance, la famille. Elle est en effet persuadée que nous sommes façonnés par des blessures originelles, conscientes ou non dont la famille est très souvent le terreau. L’essentiel est de comprendre comment la souffrance à pris naissance, d’en être conscient pour se définir face à cela. Toute souffrance amenant aussi du positif, dans notre construction personnelle.

    Une autre de ses certitudes est qu’à chaque décision que l’on prend, à chaque choix que l’on fait, on pose un acte qui aura un impact sur nous et sur les autres même si on ne le mesure pas au moment même.

    Cette rencontre menée par Anne et Morgane a duré une heure trente puis Valérie Tong Cuong s’est aimablement prêtée à une séance de dédicaces, prenant le temps de discuter longuement avec chaque lecteur.

    Une jolie rencontre et une belle découverte.

     


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  •  Grands Détectives 10/18 : 30 ans et tout son cran ! 

     

      

    Pour son anniversaire, “Grands Détectives”, LA collection emblématique du roman policier historique a invité les lecteurs à partager souvenirs et anecdotes avec certains de ses auteurs les plus populaires. Le débat animé par Michel Dufranne mettait en présence Claude Izner (Liliane et Laurence Korb), Odile Bouhier et David Khara. 

     

    Pourquoi des romans policiers dans des contextes historiques ? Prenez-vous des libertés avec l’Histoire ?

    CI : Quand nous avons commencé à écrire, nous n’avons pas pensé à une série historique. On n’a pas pris non plus de liberté avec l’Histoire. On a choisi une période qui nous plaisait, riche en événements et on y a incrusté les faits dans la trame de notre récit. Notre série avec Victor Legris s’arrête en 1900. Nous l’avions prévu dès le départ. On ne veut pas tirer sur la corde et on a l’impression d’avoir fait le tour de nos personnages. Nous préparons un autre récit qui se déroulera dans les années 20 avec d’autres héros.

    OB : J’aime m’imprégner de tous les personnages, de l’Histoire elle-même, pour être sûre du décor. Ensuite, c’est la fiction qui m’intéresse. La trame narrative est de la fiction. Je m’amuse.

    La documentation est une grande partie de mon travail en amont. Pour mon roman « Le sang des bistanclaques », j’ai rencontré longuement la fille d’Edmond Locard (fondateur du tout premier laboratoire de police scientifique à Lyon, NDLR)

    DK : Avec la Seconde Guerre mondiale, quand on y met le doigt, on n’a jamais fini d’apprendre. Je voulais montrer que le passé a encore une influence sur le monde d’aujourd’hui. Quand j’ai parlé des déportés, j’ai visionné des centaines de reportages historiques, insoutenables… Simone Lagrange, déportée survivante d’Auschwitz, torturée par Barbie, a inspiré mon personnage masculin. Elle a dénoncé Barbie et témoigné à son procès. J’ai aussi travaillé sur les témoignages de Stéphane Hessel.

    Ce qui est du thriller pour nous est la réalité de certains, leur vie… en écrivant, je leur rends hommage. L’histoire de Rudolf Hess, par exemple, est incroyable mais vraie. La vérité historique est importante quand on est dans l’hommage.

      

    Quelles sont vos sources ?

    CI : La presse, les photos (très important les photos !) Tout doit être juste. Le décor est réel, on est la conséquence du 19e siècle, il doit être correct. Cette époque, c’est le début de tout : industrialisation, immigration antisémitisme, grands travaux à Paris… On ne peut être vague ou incohérente.

    On a choisi le domaine populaire, qu’on connait bien et qui est très intéressant à décrire. La forme ludique est préférable au documentaire si on veut faire passer l’Histoire. Si dans un roman, l’auteur explique, fait une pause, le récit n’est pas réussi. Cela doit être fluide.

    OB : Je me sers de dossiers de police, de la presse, d’imprégnation de la ville de Lyon. Je suis allée aux archives aussi, lire « Le Progrès », vérifier la météo qu’il faisait, les faits divers… J’ai intégré tout ça dans l’histoire, j’ai pris des photos aussi…

    J’ai visité le laboratoire de police scientifique, me suis fait expliquer le fonctionnement… J’ai fait des études de scénario et cela m’aide beaucoup. Je visionne plein de films aussi.

     

    Etes-vous attentifs à être précis au niveau du langage, du champ lexical ?

    DK : Je pratique beaucoup d’imprégnation pour en donner une toute petite partie dans mes récits.

    Pour ce qui est du vocabulaire, je dirais oui et non. Je fais attention à ce que les termes soient vrais, de l’époque. Dans mon livre, une scène entre Hitler et Himmler est inventée mais j’ai vérifié que tout aurait pu être vrai, plausible, réaliste. J’aime maîtriser le contexte avant d’écrire.

    OB : Le titre est l’onomatopée des métiers à tisser de la Croix Rousse. Je ne l’ai pas inventé. Le récit est une conséquence de la Première Guerre mondiale. J’avais envie d’en parler, d’expliquer la terreur et comment cela a permis à la science de se développer. Les atroces blessures de la guerre ont poussé la science, la médecine à innover notamment en chirurgie réparatrice. Bien sûr, le vocabulaire technique est d’époque car le matériel actuel n’existait pas encore. Je ne peux pas l’inventer. Par contre, mon inspecteur est assez moderne.

    CI : Pendant douze ans, nous avons écrit des romans jeunesse et nous devions brider notre vocabulaire car il était trop difficile pour les jeunes. Nous avons eu besoin de changer, de respirer et nous en sommes venues aux polars historiques.

    On aime rire quand on écrit, on choisit des noms farfelus par exemple, des gros mots… Mais on a douté au début.

    Avec Legris, la truculence est restée. Certaines expressions d’époque nous amusent alors on les intègre à l’histoire comme « en bas relief » ou « pêcher une friture dans le Styx »… elles datent vraiment du Paris du 19e. On aime ça. On ne choisit pas les mots qui ne sont pas de cette époque, comme par exemple « concocter » ou « alpaguer » qui n’apparaîtront qu’en 30-35.

    Ce qui compte c’est le rire, il est salvateur.

      

    Le héros récurrent est-il indispensable ? 

    CI : Il a été prévu en ce qui nous concerne. Ce fut une facilité et un plaisir.

    OB : C’est une difficulté pour l’écrivain. Je suis nourrie aux séries télé où le héros est récurrent. J’aime les créer, les creuser, montrer leurs zones d’ombre… Il faut pouvoir aussi le tenir sur la longueur et ce n’est pas toujours facile.

    DK : C’est le pied pour moi ! Dans la première version, il mourrait. Puis en tant que lecteur, je n’ai pas pu m’y résigner. J’ai eu envie d’une série. J’ai été emporté par mes recherches et découvert une dimension qui allait au-delà du sujet de mon premier roman et la suite s’est imposée. Il fallait qu’il poursuive. L’industrie pharmaceutique dont je parle, l’industrie alimentaire… découlent de la Seconde Guerre mondiale.

    Retrouver un héros, c’est retrouver un ami. Pourquoi s’en priver ?

    CI : La difficulté vient du fait que pour les lecteurs qui commenceraient la série au milieu, il faut rappeler quelques détails sans pour autant lasser les autres qui ont suivi depuis le début.

      

    La ville est aussi très importante dans vos romans.

    OB : J’ai eu envie de m’approprier Lyon, c’est une ville photogénique et sous utilisée en télé et en littérature. Comme le premier laboratoire scientifique a été créé à Lyon, cela s’imposait.

    La Croix Rousse raconte des choses sur les habitants, les métiers, c’est important. On ne peut en parler sans évoquer les traboules, les cours, ce serait impensable. La ville devient un élément de l’histoire. C’est drôle aussi.

    CI : Paris, c’est moins original. Mais je suis bouquiniste au pied de Notre Dame et j’ai été spécialisée un temps dans les cartes postales anciennes. Cela s’est donc imposé. Paris a marqué notre famille, notre vie. On n’aurait pas pu situer l’intrigue ailleurs.

    Liliane a connu le Paris de la Seconde Guerre mondiale, très proche du Paris du 19e avec ses marchandes des quatre saisons, ses cinémas, ses chanteurs de rue, ses petits métiers… Nous avons vécu avec eux, en tant que famille d’immigrés russes, déportés pendant la guerre.

    Nos héros vivent en quelque sorte dans un monde parallèle et existent vraiment pour nous.

     

    30 ans de la collection "Grands détectives" chez 10/1830 ans de la collection "Grands détectives" chez 10/1830 ans de la collection "Grands détectives" chez 10/18

     


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  •  Rencontre avec Frédéric ERNOTTEFrédéric Ernotte est un jeune auteur belge d’une trentaine d’années. Assistant social et journaliste de formation, il est un véritable touche-à-tout. Découvert d’abord via son blog et sa page Facebook, j’ai eu la chance de le rencontrer lors de la Foire du Livre de Bruxelles. Abordable et chaleureux, il a engagé la conversation en toute simplicité avant de me dédicacer son ouvrage, « C’est dans la boîte ». Je vous invite d’ailleurs à lire mon avis ici.

    Je n’ai pas résisté à l’envie de lui poser quelques questions sur son goût du polar et de l’écriture. C’est avec plaisir que je vous partage ses réponses.

     

    Quels auteurs vous ont donné le goût de lire des romans policiers ?

    J’ai l’intime conviction qu’il existe un nombre incalculable de portes qui mènent au plaisir de lire. Il faut simplement trouver la sienne. Alors que le programme scolaire s’obstinait parfois à lancer des pavés « indigestes » dans la mare du gamin que j’étais, j’ai poussé une porte derrière laquelle se trouvaient des auteurs comme Georges Simenon, Sir Arthur Conan Doyle, Raymond Chandler et Agatha Christie. Avec « Dix petits nègres » entre les mains (pour n’en citer qu’un), j’ai compris que lire pouvait être amusant. J’ai réalisé qu’un livre pouvait tenir en haleine et empêcher quelqu’un de dormir. Que l’envie de tourner les pages pouvait remporter des batailles épiques contre des paupières un peu trop lourdes. C’était magique !

    Quel fut l'élément déclencheur de votre passage à l'acte d'écriture ?

    Je me suis lancé dans cette incroyable aventure au détour d’un couloir à l’Université. Enthousiasmé par une de mes nouvelles, un professeur m’a mis au défi d’écrire un roman. Je pensais qu’il plaisantait. Il ne plaisantait pas. J’ai hésité une bonne dizaine de secondes et puis j’ai accepté de relever ce défi complètement dingue. Il pensait que je plaisantais. Je ne plaisantais pas…

    En tant que lecteur, qu'attendez-vous d'un polar/thriller ?

    Qu’il me surprenne et qu’il m’amuse. Je suis persuadé que le polar est un genre littéraire extrêmement ludique. En tant que lecteur, j’aime me poser des questions. Je cherche, je me méfie, je me trompe, je retourne ma veste, je tente de tirer mon épingle du jeu. Dans un polar, j’ai besoin de rythme, de personnages crédibles, d’un scénario cohérent et d’un dénouement mémorable. Vaste programme…

    Si vous deviez recommander un auteur, un roman à lire absolument à des adolescents de 16-18 pour qu'il découvre ce genre, que leur suggéreriez-vous ?

    Un seul ? Question cruelle mais je vais jouer le jeu en suggérant un coup de cœur au titre intriguant. « Étrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage » écrit par L.C. Tyler. L'écriture est brillante et l'humour anglais fait mouche sur ma petite personne. Le livre offre d’excellents personnages qui manient le cynisme avec brio. La fin est un peu trop prévisible à mon goût mais je pardonne presque tout quand je prends un tel pied en lisant un bouquin.

     

     

     

     

     

     


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  •  La fascination du mal

     Les auteurs esapgnols fascinés par le mal

    Auteurs présents : Roberto Constantini « Tu es le mal », Ignacio Del Valle « Silence dans la neige », Clara Sanchez « Ce que cache ton nom », Victor Del Arbol « La tristesse du Samouraï ».

     

    Excepté dans le roman de Roberto Constantini, le IIIe Reich est présent, ne serait-ce qu’en filigrane, dans l’œuvre de chacun de vous. Pourquoi avoir choisi de placer votre roman dans cette période ? 

    IDV : Ma trilogie débute en effet en 1939. Au fil du temps, le parcours du héros que j’avais en tête se complexifiait. Où le situer ? Je me suis penché sur la Seconde Guerre mondiale et je suis resté fasciné par le nazisme, le fascisme, le catholicisme militant de cette époque. C’est ainsi que je suis tombé sur l’histoire d’Allemands ayant combattu sur le Front russe et dont on parle peu. L’outil dramatique était aussi intéressant que l’époque. La toile de fond est déjà là, il suffit d’écrire ensuite sur la condition humaine.

    VDA : 40-43, origine du mal. Le thème de la Division Azul m’a intéressé autant que les liens de l’Espagne avec le nazisme. (La Division Azul était un corps de volontaires espagnols mis à disposition de la Wehrmacht par Franco, NDLR) Les combattants étaient phalangistes, arrivistes, curieux, soucieux de monter en grade… Chacun avait une raison particulière de rejoindre ses rangs. C’est intéressant de voir comment la barbarie arrive à faire de nous des survivants. Les chapitres les plus importants du livre parlent de survivance. Le Front russe était sensé faire d’un homme un héros, il en fera un monstre.

    CS : Dans mon récit, les monstres sont devenus de bons grands-parents qui sauvent une vie. Ce n’est pas historique mais cela fait écho à ce qui se passe chez nous en Espagne. En fait, il s’agit de nazis liés à l’Espagne actuelle. Beaucoup se sont installés chez nous après la guerre protégés par Franco. Certains sont morts mais d’autres vivent toujours et même s’ils sont fort âgés et vivent normalement, cela me pose question. Cela m’effraie de savoir qu’ils vivent parmi nous avec le masque de personnes aimables et respectables.

    Mon histoire se passe dans les années 80 et se fonde sur une histoire personnelle qui commence comme celle de Sandra. Alors que j’étais en vacances à Alicante, j’ai appris que mon voisin était un nazi ayant pignon sur rue dans le milieu de la construction. Cela m’a fortement impressionnée. Cela a fait écho à une autre histoire que j’avais lue dans les journaux sur deux réfugiés norvégiens, anciens bourreaux des camps. Et le récit est né là, d’une situation ambigüe et épineuse.

    IDV : En ce qui concerne les nazis, je me suis souviens d’un documentaire des années 60 (Le chagrin et la pitié, NDLR) où l’on suivait d’anciens nazis ayant échappé au jugement et vivant normalement comme vous et moi. J’ai été frappé de leur propos : un nazi ne s’excuse jamais de ses actes passés. Il passe à autre chose. Ce nazi déclarait : « Nous avons perdu la guerre mais nous vivons encore avec vous ». Le nazisme est une religion.

    RC : Victor Del Arbol a écrit que « la limite entre un assassin et un justicier est le motif pour lequel il tue. » C’est ce que j’ai voulu montrer dans mon livre. Mon histoire est celle d’un sérial killer impuni pendant 24 ans. Mais le mal dont je parle est aussi celui du commissaire. Et s’y ajoute le mal de l’Italie, de l’Europe actuelle. Le point de vue de mon commissaire est minoritaire pour l’instant mais pourrait bien devenir majoritaire. Dans ce roman, on a le reflet du passé et les idées de l’avenir. On me dit même qu’on y trouve les raisons de la démission du Pape. *sourire* Rien n’arrive par hasard.

    Le thriller nous parle du mal qui nous attend. Mon serial killer aurait pu rester impuni. Mais je fais une différence entre impunité physique et morale. La première est résolue dans le livre mais la deuxième, elle, continue.

    Pour vous aussi il y a deux impunités ?

    VDA : En ce qui concerne la violence de la guerre, le thème de l’impunité est fascinant car notre vraie personnalité émerge alors et le seul frein à la barbarie est notre morale personnelle. L’épisode où Fernando et la Division Azul en débandade tombent sur une famille et veulent de la nourriture nous met en question. La femme sera échangée contre de la nourriture. Terrifiant échange immoral perpétré en temps de guerre.

    Tous, nous ressentons cette fascination pour le mal, au moins une fois dans notre vie. A cette époque, on peut voir que certains choisiront la dignité, le chemin du bien. C’est un choix personnel.

    IDV : Dans mon récit, Berlin est en cendres mais la bête n’est pas morte. L’enseignement que je tire de ces trois romans est qu’Arturo est l’antidote contre le mal. Il a tout vu, il s’est confronté au mal. Et personnellement j’ai évolué aussi en même temps que lui. Je me suis endurci pour survivre, vaincre mon « ennemi » dans la vie quotidienne. Il y a l’idée de survie dans l’œuvre mais aussi le retour obligatoire à l’innocence pour ne pas finir fou après toute cette violence.

    CS : Dans l’histoire, un des deux personnages est atteint de la maladie d’Alzheimer. On sait donc qu’il n’y aura pas de punition possible.

    Tous ces gens qui vivent dans le mal et ne paient pas pour ce qu’ils ont fait reflète la situation actuelle de l’Espagne qui me choque. Le mal aujourd’hui, il est dans ces affaires de tricherie, de corruption, ces mensonges qui ont amené la crise et qui resteront impunis.

    RC : Le mal est parmi nous en permanence. Dans mon livre, l’assassin et le policier ne sont pas très différents. L’un traque l’autre mais ils se ressemblent. Le mal moderne est en quelque sorte une philosophie. Dans le récit, un cardinal est au courant de l’identité de l’assassin mais ne peut rien dire car il s’agit d’un secret de confession. On peut se demander si le pardon que prône l’Eglise quel que soit l’acte ne justifie pas aussi le mal.

    IDV : Aujourd’hui, le mal est aussi dans le désenchantement en politique, dans la société, dans la crise éthique que nous traversons et dans le repli sur soi qui les accompagne. De là peut sortir une nouvelle forme d’autoritarisme.

    CS : Pour moi, le mal aujourd’hui est la non prise de conscience de ce qui nous vampirise, nous suce le sang, nous ment. Nous laissons faire, nous acceptons sans ouvrir les yeux sur la réalité qui nous entoure.

    VDA : Le mal est l’absence du bien et le fait qu’il ait parfois l’apparence du bien. Actuellement, on nous prive de libertés, on nous ôte des privilèges au nom du bien commun. Pour moi, c’est ça le mal.

     

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