• Mes lectures

    Très populaire au Québec où il vit, Patrick Senécal est encore inconnu chez nous, si ce n'est par quelques fanatiques du genre. Surnommé à ses débuts, le Stephen King québecois, il est aujourd'hui à la tête d'une dizaine de romans qui s'éloignent de plus en plus du style King.

    Dans le cadre de la quinzaine du cinéma québecois organisée par les Grignoux, Patrick Senécal s'est prêté aimablement à une rencontre littéraire. Décontracté, ce quadragénaire est aussi enjoué et drôle que ses romans sont noirs et violents.

    Devant un public d'une vingtaine de connaisseurs (si ce n'est moi qui ne suis qu'à la moitié de son premier roman), il nous a conviés à une balade littéraire dans les allées de la Bibliothèque des Paralittérature à Beaufays. Parcourant les rayonnages, il nous a parlé des auteurs qu'il affectionnait (Romain Gary en tête) et qui lui avait donné le goût de l'écriture.

    Simenon, découvert sur le tard, a écrit selon  lui le type même de l'anti roman policier - Maigret démêlant les énigmes à force de confrontation avec les suspects et de psychologie plus que par la découverte d'indices probants. Proche du roman réaliste, il lui a ouvert les portes d'un univers unique, n'ayant pas son équivalent dans les romans américains dont il raffole, Dennis Lehane et Michaël Connelly en tête. Nous avons aussi appris que Le meurtre de Roger Ackroyd d'Agatha Christie, l'avait influencé pour son quatrième roman Le passager. Mais son livre fondateur est sans nul doute L'Exorciste, lu à onze ans - bien trop tôt pour en goûter toute la saveur - il  lui a donné l'envie d'écrire. Envie devenue irrépressible peu après quand il a découvert Alice aux Pays des Merveilles (et la terrible Reine Rouge qui hante d'ailleurs ses romans), avant de se lancer avec délectation dans Cimetière et Shinning de Stephen King. Ce ne sont ici que quelques uns des auteurs cités tant il connait le genre comme sa poche et est capable d'en parler des heures.

    On l'aura compris, Patrick Senécal est passé maître du thriller d'horreur.

    A mi lecture de 5150, rue des Ormes, j'ai pris plaisir à l'entendre parler de ce roman avec Jean-Pierre Bertrand, professeur à l'ULG. J'ai ainsi appris que dans la terminologie  policière aux Etats-Unis, un 5150 est le code donné aux crises de démence. Je vous ferai part de mes commentaires sur ce livre dès que je l'aurai achevé.

    Simple, abordable et sympathique, il avoue sans honte être très bordélique dans la vie et pas du tout organisé. Mais ses romans, il les prépare presque au mot près, établissant des plans précis, un timing redoutable, car si ses héros ne savent pas ce qui les attend, lui doit pouvoir les mener exactement où il veut. On l'écouterait pendant des heures parler de son métier et de sa passion pour l'écriture. On comprend aussi très bien comment il a pu enthousiasmer les lecteurs québecois pourtant entourés de prestigieux auteurs américains. Il partage certes leur goût du thriller et de l'horreur mais il reste Québecois francophone avant tout et cela se sent dans ses romans.

     


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  • Amélie NothombElle plaît ou elle agace. Mais elle ne laisse personne indifférent. Amélie Nothomb fait partie de mes auteurs préférés.

     

    Pour moi, elle se distingue des autres par son authenticité et sa simplicité. Elle ne cherche pas à paraître. Ses qualités comme ses défauts, elle les expose, au risque de passer pour une farfelue ou une idiote.

    Ses romans atypiques m’ont de suite séduite. La rigueur de son écriture, la recherche du mot précis, la finesse de ses observations et son humour rendent ses romans incomparables. Mais attention, cela ne veut pas dire que je les aime tous et de la même manière. Certains m’ont franchement déplu. Mes préférés étant sans conteste, ceux où elle nous narre sa vie en Asie.

     

    J’ai rencontré Amélie Nothomb à la Foire du Livre de Bruxelles, à l’époque du Sabotage amoureux. J’avais lu avec délectation Hygiène de l’Assassin et j’attendais, son dernier livre en main, qu’elle veuille bien me le dédicacer. Je savais que nous partagions une même passion : la correspondance. Mon amie parisienne m’avait déjà souvent parlé d’un écrivain débutant qui correspondait avec son neveu Nicolas et voulait savoir si je la connaissais. C’est donc par ce biais que j’achetai son premier roman, à peine sorti, bien avant qu’il ne devienne le best-seller que l’on sait.

    A cette époque, la venue d’Amélie Nothomb à la Foire, ne déplaçait pas encore les foules d’aujourd’hui. Une dizaine de personnes attendaient patiemment ce matin-là. Elle prenait le temps de discuter avec chacun, d’écouter ce qu’on lui disait, de s’intéresser aux gens. Et ça, c’était assez incroyable.

    Quand mon tour fut venu, elle me sourit et me demanda si j’avais déjà lu le livre que je lui présentais. Nous en discutâmes un moment puis je lui confiai que je la connaissais par personne interposée. Elle fut surprise et ravie, me sembla-t-il, d’échanger un peu sur la correspondance, que nous pratiquions l’une et l’autre depuis de nombreuses années.

    La rencontre dura six minutes. Je m’en souviens comme si c’était hier. Mis à part Susie Morgenstern, aucun autre écrivain que j’ai rencontré à la Foire n’a jamais pris la peine de parler un peu, enfilant simplement les dédicaces. Aujourd’hui encore, elle prend le temps d’échanger avec ses lecteurs, même si les files d’attente s’étirent pendant des heures.

     

    La disponibilité et la gentillesse dont elle fait preuve en répondant personnellement à son abondant courrier ne me laissent pas non plus indifférente. Combien d’écrivains en font autant ?

    Enfin, ultime raison de mon admiration, elle ne rougit pas d’être Belge parmi la société littéraire parisienne dont les discours fourmillent de jactance, et ne recherche pas les honneurs.

     

     


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  • "Malgré moi, je la guette derrière la porte blindée. Je la déteste d'avance."

    C'est par ces mots que j'ai fait la connaissance de Susie Morgenstern, au fond d'une librairie. Le 1er roman que j'ai lu d'elle était "L'Amerloque". J'ai été séduite par le ton radicalement différent de cette auteure. Un peu irrévérencieuse, mais pas trop, libre de penser et d'écrire ce qu'elle veut, drôle, spontanée... la lire est plaisir, enthousiasme.

    J'ai eu la chance de la rencontrer en 2007 à la Foire du Livre de Bruxelles. Elle était seule à sa table, ce matin-là et nous avons pu prendre le temps de la découverte. Je ne fus pas déçue. Susie Morgenstern est comme on l'imagine : sympathique, abordable, souriante, parlant un français impeccable matiné d'une pointe d'accent "qu'elle ne perdra jamais" soupire-t-elle. J'ai appris qu'elle adorait Georges Perec, que pour elle l'amitié était aussi essentielle que l'air que l'on respire et qu'au delà de l'amusement, elle esperait que ses livres donnent aux enfants et aux adolescents un peu plus confiance en eux !

    Comment ne pas aimer une telle femme ? Mes élèves ne s'y trompent pas d'ailleurs. Ils aiment ! Même si les garçons regrettent qu'"elle écrive plus pour les filles que pour eux."

    L'Amerloque, Le Vampire du CDI, La Sixième, La première fois que j'ai eu seize ans, Trois jours sans... Autant d'histoires dévorées avec plaisir.

     


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  • J'avoue bien humblement qu'avant la semaine dernière, je n'avais jamais entendu parler de Jean-Marcel Erre. En fait, jusqu'à ce que je reçoive une invitation de la libraire L'Oiseau-Lire de Visé pour assister à une soirée-rencontre avec cet auteur. Je me suis donc rappelée que "Google est notre ami".

    Quelle surprise de constater que sous ce prénom désuet se cachait un jeune quadragénaire bien de sa personne. Et qu'un de ses romans piaffait d'impatience dans ma PAL (pile à lire) depuis quelques semaines déjà ! En effet, à la recherche d'un roman drôle à proposer à mes élèves de 4e, j'ai acheté, sous les conseils de ma libraire, "Prenez soin du chien" son premier roman. "Désopilant" m'a-t-elle assuré.

    Me voici donc, par un beau soir d'automne, en route pour Visé. La petite salle de la bibliothèque est comble. Nous devons être une quarantaine à avoir répondu à l'invitation. Première surprise, nous ne sommes guère plus de cinq à dépasser la quarantaine - justement. Les "fans" de Jean-Marcel sont jeunes, la vingtaine. Eux, ils connaissent bien l'auteur et ont lu ses trois romans. (Made in China, Série Z). Je m'informe et demande à mon voisin, quinquagénaire, s'il a lu un de ces ouvrages. "Non, je viens de commencer le premier, me dit-il sous le sceau du secret, mais j'apprécie beaucoup." Ouf ! Je ne suis pas la seule à être en terre inconnue.

    La soirée commence. Interviewé avec simplicité mais finesse par Anne Baudinet, libraire à l'Oiseau Lire, Jean-Marcel Erre se prête avec humour au jeu des questions-réponses. Il parle de lui, un peu, de ses romans, de ses personnages, de son inspiration, de son métier et de ses élèves, avec passion. Né en 1971 à Perpignan, il a, comme il dit, "un métier honnête à côté de ses pauvres romans qui ne se vendent pas assez". Papa d'une petite fille et professeur de lettres, il trouve dans l'écriture un plaisir intense décuplé par le fait que la nécessité d'écrire pour vivre lui est inconnue.

    Ses romans, au rythme soutenu et à l'humour frisant l'absurde, lui viennent "tout seul". Quand il commence, il ne sait pas forcément où il va. Il pense écrire un roman sur le cinéma (Série Z) et quand il met le point final à l'histoire, il se rend compte que son livre parle de la vieillesse. L'humour ? Il est en lui. Il s'engage dans une description sérieuse et classique puis une idée loufoque lui traverse l'esprit et le voilà en train d'écrire une scène déjantée qu'il n'avait pas prévue. "C'est comme ça, je ne lutte pas contre" dit-il. Il a raison puisque cela semble fonctionner auprès de ses lecteurs.

    Je me suis promise en partant de lire prochainement "Prenez soin du chien" et j'ai déjà noté dans mon agenda que son prochain roman, qui en est à la moitié, parlera d'un groupe d'enseignants. C'est sûr, cela risque d'être drôle là aussi.

    http://www.facebook.com/event.php?eid=114051191989828

     


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