• Te souviens-tu de Wei ? Gwenaëlle ABOLIVIER & ZAULa Première Guerre mondiale a requis des forces nombreuses et diverses. 140 000 travailleurs chinois ont ainsi pris part à l’effort de guerre entre 1916 et 1918 en France, où quelques milliers d’entre eux s’installeront pour une vie qu’ils n’avaient pas imaginée.

    Wei, est l’histoire d’un travailleur chinois de la Grande Guerre.

     

    Mon avis :

     

    Gwenaëlle Abolivier et l’illustrateur Zaü nous plongent ici dans un album souvenir qui célèbre les 100 ans de la Première Guerre mondiale. Paru en 2016 au éditions Hongfei, cet album nous raconte un fait peu connu, celui de la participation au conflit de 140 000 Chinois, venus en Europe pour échapper à une vie dure et pénible et entrés dans une guerre qui n’était pas la leur. Souvent illettrés, ces jeunes gens partaient confiants, espérant devenir riches. Au lieu de ça, après un périple de trois mois en mer, ils durent creuser les tranchées et enlever les corps des champs de bataille. Le dossier informatif qui clos la BD nous apprend qu’une partie était sous commandement britannique et le reste sous l’autorité française.

     

    J’ai aimé cet album sobre écrit en rimes qui nous confie l’histoire vraie de Wei, à peine âgé de 20 ans. Dès le départ, le titre interpelle les jeunes lecteurs. Qui est ce Wei dont on devrait se souvenir alors qu’on n’en a jamais entendu parler ? L’enfant est d’emblée sensibilisé au récit. L’histoire est émouvante tant les jeunes étaient naïfs et inconscients des conditions de vie effroyables qui les attendaient. Déraciné, ne parlant pas la langue, loin des siens, Wei va survivre et fonder une famille en France. Il fera partie de la première immigration chinoise. L’album invite les jeunes à comprendre les liens qui nous lient aujourd’hui, tant au niveau historique que géographique, à ces générations d’hier.

     

    J’ai aussi apprécié les dessins en double page de Zaü qui accentuent l’émotion perçue par ces vies gâchées et le sort réservé à ces jeunes gens. On y trouve également beaucoup de dignité.

     

    Plus de 20 000 jeunes Chinois sont morts dans ces combats et le cimetière de Nolette, en Baie de Somme, a accueilli leurs dépouilles. On estime à deux mille ceux qui sont restés en France après la guerre, avec un contrat d’embauche dans les mines ou l’industrie automobile. D’autres s’installèrent à Paris.

     

    Pour les enseignants, on pourrait demander aux enfants d'écrire l'histoire d'une autre personne dont la vie mériterait qu'on s'en souvienne. Une personne connue ou inconnue ayant participé à une événement dramatique (les attentats du 11 septembre, le voyage du Titanic, une traversée de la Méditerranée sur un bateau d'immigrants...) ou simplement la vie d'un grand-père.

     

    Te souviens-tu de Wei ? Gwenaëlle ABOLIVIER & ZAU

     


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  • Le plus mauvais livre du monde, Vincent CUVELIER« Argice ignorait le bien et le mal, le nu et le sacré, le vide et le morbide. Argice engageait l’être vers cette ironie qu’on appelle dieu, fatale pensée ‘un monde en devenir, à l’agonie, en devenir… »

    Ah ouais ! D’accord, je comprends rien. Remarque si ça se trouve, c’est fait exprès. Le gars, il a voulu faire le livre le plus nul du monde.

    Et il a réussi.

     

    Mon avis :

     

    Vincent Cuvelier, c’est l’auteur de la série « Emile » pour les 3-6 ans, des « Socquettes blanches » ou « Le temps des Marguerite » pour le 9-14. Cette fois, il écrit un récit pour les 15 ans et plus pour la collection « Court toujours » de Nathan.

     

    Paul est parti de chez lui et a pris un train. Pour passer le temps, il prend un livre au hasard dans une boite à lire mais déchante très vite devant le style et le texte incompréhensible. Mais parti sans billet, il est débarqué du train et rencontre par hasard l’auteur du roman.

    Quelle serait votre réaction si vous vous retrouviez, comme Paul, aux côtés d’un auteur dont vous n’avez pas aimé ou pas compris le livre ?

    Ce récit démarre avec une bonne idée et l’auteur l’exploite avec dérision, emportant le héros de quiproquos en situations cocasses. Cela se lit vite, forcément, et il y a des passages drôles. Je regrette seulement la forme qui empêche, à mon sens, de développer le propos comme il aurait pu l’être.

     

    Même si je suis restée sur ma faim, je me dis qu’il y a des possibilités d’exploitation en classe pour l’UAA 5. Comme le héros, écrire une liste de ce qu’on n’aime pas, décrire la maison de l’auteur que Vincent Cuvelier ne décrit pas, réaliser un caviardage, recomposer une paragraphe grammaticalement correcte à partir d’extraits d’éléments de phrase de romans classiques… A chaque prof de voir ce qu’il peut imaginer.

     

     

     


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  • Eliott et Chloé, Agnès de RYCKELEliott et Chloé sont deux enfants que tout oppose.
    Eliott est un petit garçon tout doux et calme, alors  que Chloé est très enthousiaste et pleine de vie.

    Pourtant, aucun des deux n'aime l'école. 

     

     

    Mon avis :

     

    Destiné à des enfants à partir de 4-5 ans, cet album relate une histoire tendre qui met en lumière des situations vécues par des enfants différents. Ici, Eliott et Chloé apparaissent comme plus éveillés, plus mûrs que les enfants qu’ils côtoient. Chloé n’aime pas les règles qui la limitent dans ses découvertes, ses expériences et Eliott a toujours peur de mal faire ce qui crée chez lui une réelle anxiété. L’un et l’autre sont malheureux à l’école où ils ont du mal à s’épanouir. Puis vient la première année primaire où ils font connaissance.

     

    Avec tendresse et délicatesse, Agnès de Ryckel met en évidence le mal-être de certains enfants qui ne trouvent pas leur place parmi ceux de leur âge. C’est souvent le cas des enfants à Haut Potentiel.
    Cet album ouvre le débat sur la différence et permet aux enfants de mettre des mots sur leur ressenti. Tout le monde peut se sentir un jour comme Chloé ou Eliott. Mais si cela persiste, cela peut faire naitre un sentiment de rejet pour l’école ou les autres. Il est primordial d’écouter ce que certains symptômes traduisent.

     

     


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  • Le voyage de la femme éléphant, M. SALVI & M. A. C. QUARELLOVéra est la femme la plus grosse du monde. De ville en ville, elle s’expose au regards mais seules ses formes éléphantesques arrêtent le public, sans que personne ne s’intéresse vraiment à elle. Sauf un mystérieux correspondant, dont les lettres font sa joie étape après étape…

    Un beau jour, elle décide de le rencontrer.

     

    Mon avis :

     

    Elle est pittoresque Véra, avec son side-car, son casque juché sur le haut de sa tête et sa corpulence hors norme. Elle a l’air sympathique et a le cœur sur la main, aidant son prochain chaque fois qu’elle peut. Mais les gens ne voient en elle qu’une grosse femme sans chercher à découvrir qui se cache à l’intérieur de ce corps.

    Seul Grégori paraît fasciné par sa personnalité et ses lettres sont un rayon de soleil dans la vie de Véra. En partant à sa rencontre, elle va croiser un vieux facteur à vélo et un crocodile suicidaire et moqueur qui parle. Et leur complicité va faire des merveilles.

     

    Ce conte moderne aborde l’obésité, le rejet de la différence et le regard des autres. Il raconte tout cela avec humour et cela fait du bien. Avec ses amis, Véra n’est plus un animal de foire mais une femme à part entière. Chacun exprime son avis avec franchise sur la manière dont elle gagne sa vie, et cela donne une réflexion intéressante sur nos manières de juger les autres et les préjugés qui sont en nous.

     

    Cette histoire intelligente est à mettre entre toutes les mains tant les valeurs qu’elle véhicule sont importantes voire fondamentales. Le respect est la seule chose qui compte et surtout le respect des autres dans leurs différences. Elle nous montre aussi que le bonheur est possible et que l’amour et l’amitié y ont une place essentielle.

    J’ai aimé cet album paru en 2007, le côté vintage de ses dessins, ses couleurs et l’histoire fondée sur l’acceptation de la différence. Il est destiné aux enfants mais les ados de 1e et 2e année du secondaire pourraient aussi y trouver un support idéal à des échanges philosophiques.


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  • Emmène-moi à la ville, Teju BEHAN« J’aime m’installer à la lisière de la forêt et regarder les trains passer. Je vois des gens qui regardent par la fenêtre. Ils ont de la chance, je me dis, ils peuvent rester assis à regarder le monde défiler. Quand ça me prend, je marche jusqu’à la gare, j’attends qu’un train s’arrête. Puis je m’approche et lui murmure : Emmène-moi à la ville. « 

     

    Mon avis :

     

    Paru en 2012, cet album propose des dessins en noir et blanc courant sur une double page. Quelques phrases écrites en orange dans le bas de la page racontent l’histoire vraie de l’auteure Teju Behan. Elles sont l’œuvre de l’écrivain Tamoul Sali Selvam qui a cherché à restituer le mieux possible l’histoire vraie de Teju.

    Cette petite fille indienne quitte son village pauvre pour la grande ville. Son rêve se réalise enfin mais tout est bien différent de ce dont elle avait rêvé. Elle va connaitre les espoirs et les désillusions de la migration. Mais elle va aussi rencontrer Ganeshbai, qui chante pour gagner sa vie. Il lui apprend à dessiner. C’est dans l’art qu’elle trouvera un moyen de sortir de sa condition. Entièrement réalisé à la main et imprimé en sérigraphie, l’album est composé de dessins d’une grande originalité et très expressifs réalisés sur un papier spécial, lui aussi confectionné à la main.

     

    C’est le parcours d’une artiste, un destin exceptionnel, lié à celui de Ganesh, son époux qui l’initia à l’art.

    Une chouette découverte.

     

     


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  • Jeu de piste à Volubilis, Max DUCOSUn jour qu’elle peine à apprendre une poésie, une fillette découvre une mystérieuse clé cachée dans son bureau. C’est le premier indice d’un palpitant jeu de piste, qui la conduira à découvrir le secret de sa grande maison moderne, la villa Volubilis.

     

    Mon avis :

     

    Quel enfant n’a pas rêvé de découvrir un passage secret dans sa maison ou un trésor caché ? C’est ce qui va arriver à l’héroïne dans ce très bel album à la structure narrative soignée. Se plongeant dans ses souvenirs d’enfance, la narratrice revit sa dixième année. Elle habitait dans une maison étrange, très moderne selon son père, fier qu’elle soit unique. Un jour, elle va mener une enquête mystérieuse et suivre un vrai jeu de piste à travers sa maison, trouver des indices et résoudre des énigmes.

    L’aspect jeu de piste permet de passer d’un espace à l’autre et d’admirer l’architecture de cette maison, qui fait penser à celles de Le Corbusier. A travers ce parcours initiatique, la fillette découvrira sa maison, ses secrets et ses richesses architecturales : tableaux de Picasso, Mondrian, Miro ou Warhol… Elle sera amenée aussi à désobéir aux règles paternelles, premier passage de l’enfance à l’adolescence.

    Dans cet album, la villa est donc un personnage à part entière et la toile de fond est l’architecture contemporaine. Il regorge de références culturelles, notamment Alice et son miroir et le Tunnel d’Anthony Browne. De toutes les pièces de la maison, la plus fabuleuse, selon moi, est la bibliothèque. Quel bonheur de disposer d’une telle pièce.  

    J’ai aimé l’ambiance créée par le texte et les illustrations de qualité. Ils sont l’œuvre de Max Ducos, diplômé des Arts déco de Paris. Paru en 2006, son succès fut tel qu’il encouragea l’auteur à poursuivre dans cette voie. Le garçon du phare est son dernier album paru.

     

    Ce livre est idéal pour aborder l’art avec les enfants, chercher des indices ou créer un jeu de piste à la manière de l’auteur. 

    Jeu de piste à Volubilis, Max DUCOS

     


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  • Silent Boy, Gaël Aymon  -  Comme un homme, Florence Hinckel

    Le 3 septembre prochain, les éditions Nathan sortiront une nouvelle collection appelée "Court toujours". Comme son nom l’indique, elle propose des récits courts destinés aux adolescents et aux jeunes adultes. Six sortent à la rentrée, d’autres sont attendus.

     

    Mon coup de cœur va à « Silent Boy » de Gaël Aymon. C’est l’histoire d’Anton, un ado sportif qui fait partie de l’équipe de rugby de son école. Sa classe est, selon les profs, la pire du lycée car les clivages y sont nombreux ainsi que les critiques verbales et les intimidations. Anton n’est pas comme les autres l’imaginent, bourrin. Il est sensible et vit mal les attitudes sexistes ou les blagues idiotes de ses coéquipiers. Mais comment le dire sans en devenir la cible lui aussi ?

    Ce récit de 64 pages va à l’essentiel et propose une réflexion pertinente sur la situation de nombreux ados. Ils sont très souvent tiraillés entre l’être et le paraître et n’osent pas se montrer tels qu’ils sont, excepté les grandes gueules et les caïds sans cervelle. Mais ils ne sont pas si nombreux qu’on le pense.

    Le texte est fort, empreint d’émotions vraies et dit les choses sans faux semblants. Il sera ajouté aux lectures de cette année sans aucun doute.

     

    Dans un tout autre registre, « Comme un homme » de Florence Hinckel, donne la parole à un adolescent de famille monoparentale, livré à lui-même. Seul durant les vacances d’hiver, il part au chalet que sa mère possède dans les montagnes et où ils vont chaque été en vacances. Alors que l’hiver est doux en ville, il veut vivre un hiver de neige et de froid. Seul au chalet, à une période inhabituelle, certaines choses vont l’intriguer et lui faire se poser des questions. Que cache sa mère en fait ? Pourquoi ne viennent-ils jamais là l’hiver alors qu’il y a des buches prêtes à l’emploi ?

    Cette histoire nous parle de secret de famille, de prise de conscience, d’éveil à l’âge adulte et de résilience. La chronologie non linéaire et les non-dits peuvent permettre de travailler des aspect intéressants de la narratologie.

     

    Je ne vais pas tous vous les présenter mais comme vous le voyez, ces récits initiatiques nous parlent de moments clés de la vie d’un ado ; moment où sa vie prend une tournure différente, où un événement vient changer le jeune pour toujours, le faire mûrir, quitter peut-être son innocence. Ils sont particulièrement bien adaptés aux 14 ans et plus selon moi et les sujets traités sont tous percutants.

     

    Ces courts récits me semblent un peu chers (8 euros c’est plus que certains poches) mais, en scannant une page intérieure, on a accès à la version audio du livre, parfois lue par l’auteur et également à sa version numérique. Deux bonus qui aideront les faibles lecteurs à découvrir le roman et aux jeunes à découvrir le livre sur leur Iphone. Deux avantages non négligeables.

     

    Une collection à suivre sans aucun doute, notamment pour les enseignants.

     

     


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