• Trop lourd pour moi, Daniel CHARNEUXSi le titre « Les illusions perdues » n’était déjà pris par un illustre romancier, il aurait pu servir à l’auteur de « Trop lourd pour moi ». Car Jean-Baptiste Taillandier, le protagoniste narrateur de ce récit, perdra une à une les illusions de enfance. Né au milieu des années cinquante, il entre dans la vie avec la louable intention d’aider la veuve et l’orphelin. Tenté un temps par la coopération au développement, il devient finalement psychologue en milieu scolaire. Or, la satisfaction n’est au rendez-vous ni dans sa vie professionnelle, ni dans sa vie affective perturbée. Le seul havre de paix est l’enfance, où le plongent ses souvenirs heureux associés la plupart du temps à une mère aimante. Mais les êtres chers s’en vont et Jean-Baptiste voit son univers rétrécir comme peau de chagrin. D’où la tentation de fuite...

    Mon avis :

    Il y a un peu plus d’un an, je découvrais Daniel Charneux avec « Comme un roman fleuve ». C’est avec plaisir que je l’ai retrouvé ici, dégustant lentement, son écriture pleine de charme et de rigueur. Il aime faire vibrer les mots qu’il choisit avec soin pour décrire le quotidien, les émotions, les personnes rencontrées ou les paysages traversés. Sa langue s’est allégée des multiples appositions qui alourdissaient quelque peu son roman précédent et j’ai pris encore plus de plaisir à la lire. Formellement, ce roman est donc pour moi une réussite.

    En ce qui concerne le fond, j’avoue avoir déchanté au deux tiers du roman. Jean-Baptiste Taillandier est à peine plus vieux que moi et j’ai beaucoup aimé découvrir ses souvenirs d’enfance, sa famille et ses habitudes, les objets du quotidien, les loisirs qui étaient les siens... Je me suis en quelque sorte replongée moi aussi en enfance à l’évocation de ces souvenirs qui faisaient écho en moi.

    Là où cela se corse, c’est dans la manière dont il aborde sa vie d’adulte. Un Œdipe mal réglé, une perte prématurée, un égo assez développé... et ce petit garçon qui semblait avoir tout pour devenir un adulte épanoui, va passer sa vie à se chercher, à passer à côté des autres et de lui-même. A chaque obstacle, il s’enfonce un peu plus dans la déprime, voire la schizophrénie et perd pied avec la réalité. Cherchant son équilibre dans un métier tourné vers les autres (psychologue en milieu scolaire), dans des relations où il se laisse faire sans vraiment faire de choix, et même dans le bouddhisme ! Il se perd un peu plus au fil du temps qui passe.

    Si l’enfant et l’adolescent m’ont émue, l’adulte m’a passablement irritée. Témoin passif des déboires du monde, des problèmes de notre société, de sa propre existence, il fuit toute réalité ne faisant jamais face. Il se pose en victime, telles les héroïnes des tragédies grecques, ballotées par la fatalité. Par peur, par lâcheté, par manque d’audace, il est le jouet du destin, jamais acteur de sa propre existence. Que j’aurais aimé le secouer !

    Un récit de vie tout en finesse à fuir si l’on est soi-même un peu déprimé. Un roman à l’écriture minutieuse que j’aurais souhaitée au service d’un récit optimiste. A lire pour se faire sa propre impression.

     

     Trop lourd pour moi, Daniel CHARNEUXTrop lourd pour moi, Daniel CHARNEUX

     

     

     

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  • Mon lapin, Mathilde ALETMa ville natale, c’est l’appartement de Papy Louis.
    Rien n’a vraiment changé, dans la ville d’enfance de Gabrielle. Ni les balançoires violettes du Jardin des Plantes ni le parfum Chèvrefeuille de sa mère ni les questions qu’elle n’ose poser qu’à sa grande sœur Clara. Un soleil tapageur à la sortie de la messe, un rassemblement autour d’un buffet campagnard, un enterrement est une fête de famille comme les autres. On cause peu et on ne s’enlace pas. Gabrielle préfère parler dans sa tête. Là, la route vers le cimetière ressemble à un départ en vacances et l’ancien employé de son grand-père, à James Dean. Là, surgissent des moments de vie passée aux airs de rien...

    Mon avis :

    Mathilde Alet est une jeune auteure franco belge qui publie ici, aux éditions Luce Wilquin, son premier roman. Un roman court où les chapitres sur l’enfance et la narration de la journée d’enterrement de son grand-père alternent.
    Papy Louis, c’est le phare dans la vie mouvementée de Gabrielle, ballotée de déménagement en déménagement. C’est un havre de paix, une farandole de souvenirs, d’impressions fugaces, de moments heureux... Mon lapin, c'est ainsi qu'il la surnommait... Alors qu’elle revient dans cette ville de province pour son enterrement, Gabrielle revit par flashs son enfance, sa relation avec son grand-père, avec le reste de la famille, les non dits, les sous-entendus, les secrets aussi. C’est le jour idéal pour faire éclater la vérité, trouver des réponses à ses questions. Encore faudrait-il oser les poser.

    Mathilde Alet nous offre un roman introspectif à l’écriture dynamique et vive ne s’embarrassant pas de longues descriptions. Ce qui l’intéresse ce sont les relations entre les êtres, ces petits fils tenus qui nous relient à l’enfance, les souvenirs un peu flous qui nous restent, ce passé qui conditionne tellement notre présent.

    Un premier roman réussi, à la langue maîtrisée et aux émotions vraies. On l’aurait aimé plus long pour en savoir plus sur cette famille. Mais ce n’était pas le propos de l’auteure. Une belle lecture.

     

    Seul bémol, le choix de la photo de couverture, qui ne me plaît pas du tout, et qui dessert un peu le roman. Passez outre et osez ce roman intimiste.


    Mon lapin, Mathilde ALET2e Mon lapin, Mathilde ALET


     

     

     

     

     

     

     

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  • Histoire d'un bonheur, Geneviève DAMASRien ne prédestinait Anita Beauthier à rencontrer Nourredine, élève en décrochage dans un collège de la ville et à lier avec lui une relation faite de tendresse et de protection. Rien ne laissait penser non plus que Simon, beau-frère d’Anita et homme solitaire et taciturne rencontrerait Nathalie, la voisine d’Anita, abandonnée et trahie par son mari.
    Histoire d’un bonheur est l’histoire de toutes ces rencontres improbables mais porteuses de vraies questions comme, qu’est ce que le bonheur ? Comment se libérer des conventions d’une vie toute tracée pour découvrir, peut-être, son propre chemin.

    Mon avis :

    Anita a une vie bien remplie, trop sans doute, une maison impeccable, un club de lecture, des amies, des enfants devenus adultes, un mari absent... Rien n’est laissé au hasard dans sa vie, réglée comme du papier à musique. Le jour où un grain de sable vient perturber cette organisation fantastique, Anita perd pied. On comprend alors qu’elle est maniaco–dépressive et sa décision de se passer de ses médicaments va avoir des conséquences en cascade sur sa vie et celle de son entourage. Elle qui renvoyait l’image d’une femme heureuse, bonne mère, bonne épouse, amie fidèle et compatissante va se montrer vulnérable. Et dans ce malheur, toute une série de personnes vont s’unir pour lui venir en aide, alors qu’elle la connaisse à peine. Sa fragilité suscitant la compassion et la tendresse chez ces inconnus alors que ses proches se font lointains.

    Ce récit choral donne la parole à chacun des protagonistes dans un chapitre qui lui est consacré. Chacun donnera sa version de l’histoire, sa réflexion sur la vie, le bonheur, les autres... Souvent drôle, ce roman tendre et terriblement perspicace décrit à merveille les petits travers de chacun, les manies, les idées fixes, les aprioris... Le langage usité est également un vrai régal. On sent que Geneviève Damas vit dans un quartier où la mixité sociale est une réalité. Elle passe allègrement du langage soutenu d’Anita la bourgeoise, à celui peu policé de Nourredine. Et le cocktail fonctionne à merveille. Tout sonne juste, tout a été finement observé et nous prenons un réel plaisir à ces rencontres originales et vraies.

    Une autre réussite à mettre au compte de Geneviève Damas. Une réflexion vivifiante sur le bonheur, le sens de la vie et la recherche de soi. A lire absolument.


    Histoire d'un bonheur, Geneviève DAMAS

     

     

     

     

     

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  • Aristote, mon père, Annabel LYONPythias, la fille d'Aristote, a été élevée à l'égal des hommes. Elle fait figure d'exception à Athènes, puis en Macédoine où elle est contrainte de s'exiler : c'est elle, et non son frère cadet, qui assiste Aristote dans ses travaux, provoque les collègues de son père par ses remarques pointues, et se rêve en philosophe, scientifique ou sage-femme. La mort d'Aristote disperse ses biens et sa famille à travers la Macédoine, laissant Phytias seule, en décalage avec cette société qui nie l'existence d'une conscience féminine, et l'oblige à se confronter à la réalité d'un monde dont elle s'était toujours tenue écartée.

    Mon avis :

    Auteure canadienne, Annabel Lyon nous propose ici son deuxième roman mettant en scène Aristote. Je n’ai pas lu « Le juste milieu » mais celui-ci qui en est la suite peut se lire indépendamment.

    Nous découvrons la vie de la jeune Pythias, fille ainée d’Aristote. Intelligente, curieuse, érudite, elle fait figure d’exception dans cette Grèce antique où la femme est reléguée au second plan, devant juste gérer sa maison. Pythias, elle, sait lire, écrire, nager, se passionne pour l’anatomie et la botanique, prend plaisir à la poésie et aux conversations philosophiques avec son père et les amis de celui-ci. Moderne, indépendante, libre, elle grandit dans une famille aimante et cultivée n’imaginant pas vivre autrement. Pourtant deux événements vont lui faire prendre conscience de sa condition de femme et donc d’inférieure : l’apparition de ses règles et l’arrivée du jeune Myrmex, un adolescent de son âge, que son père adopte. Pythias comprend alors la terrible injustice dont sont victimes les femmes.
    Peu de temps plus tard, alors qu’elle n’a que seize ans, son père décède. Sa vie bascule soudain avec l’éclatement de sa famille. Promise en mariage à un cousin lointain qui ne souhaite pas plus qu’elle ce mariage, sans argent, elle voit sa condition de femme libre remise en cause par la société. Elle se doit d’être soumise et certainement pas l’égal des hommes. Pythias découvre aussi les moqueries, les superstitions et les brimades.

    Si Pythias a existé, nous ne connaissons rien d'elle. Par ses recherches, l'auteur a imaginé un personnage de fiction, proche de ce qu'elle avait dû être, vu l'époque, son éducation, l'influence de son père... Ce récit intelligent, agréable et bien construit, nous présente la condition des femmes dans la Grèce antique et tente, au-delà de la description du quotidien, de nous expliquer qui elles sont et ce qu’elles pensent. Pythias exerce différents métiers, cherche un sens à sa vie, à sa condition, refusant le carcan que la société d’alors veut lui imposer. Autour d’elle, d’autres femmes acceptent par tradition, crainte ou intérêt. Les confrontations et dialogues qui se nouent dans ces moments apportent un éclairage très intéressant sur la société grecque de l’Antiquité. 

    Résolument moderne, l’histoire de cette jeune femme, au ton dynamique, est accessible à tous et mérite vraiment d’être découverte. Quelques réflexions philosophiques abordables agrémentent l’histoire donnant une dimension supplémentaire à ce récit de vie qui nous montre que, qui que l’on soit, rien n’est jamais acquis. Il faut se battre pour ses convictions. Se souvenir des combats de ceux qui nous ont précédés nous permet, par là-même, de réaliser le chemin parcouru pour que nous soyons qui nous sommes.

    Merci à Livraddict et aux éditions de la Table ronde pour ce roman brillant.

     

    Aristote, mon père, Annabel LYONAristote, mon père, Annabel LYONAristote, mon père, Annabel LYON

     

     

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  • Art, Yasmina REZAMédecin dermatologue, Serge aime l’art moderne et Sénèque, qu’il trouve « modernissime ». Ingénieur dans l’aéronautique, Marc a des goûts plus traditionnels et ne comprend pas que son ami Serge ait pu acheter « cette merde deux cent mille francs ». Quant à Yvan, représentant dans une papeterie, il aimerait ne contrarier aucun de ses deux précieux amis. Mais les disputes esthétiques autour du « tableau blanc » dégénèrent dans un crescendo hilarant et féroce qui ne laissera personne indemne...

    Mon avis :

    Serge est très fier de sa nouvelle acquisition, une toile de plus d’un m2 peinte en blanc ! De fins liserés blancs transversaux ornent cette toile qu’il vient d’acheter 200 000 francs ! Marc est atterré devant cette dépense indécente pour un tableau... blanc ! Il se confie à Yvan. Ce dernier, obnubilé par son mariage prochain, n’en pense rien mais ne veut pas contrarier ses amis.
    Cette toile blanche n’est pas sans rappeler « Grand Carré sur Fond Blanc » de Malevitch (1918). Une des premiers peintres abstraits du XXe dont le tableau monochrome avait suscité nombre de discussions.

    L’intérêt de cette pièce est la discussion argumentée, intéressante et drôle, à propos de l’art moderne et de l’art contemporain. Discussion qui dépassera la seule question de l’art et mettra chacun face à lui-même et face aux autres. Dans le cadre d’un rendez-vous entre amis de longue date, civilisés et cultivés, la violence des sentiments n’en éclate qu’avec plus de puissance. Malgré le langage soutenu, la politesse et le vocabulaire sophistiqué, des sentiments de plus en plus vils et bas vont apparaître. Mépris, condescendance, incompréhension, haine même... vont éclater et montrer que finalement, leur amitié n’est en fait qu’une façade.
    Cette pièce cathartique est un petit bijou de drôlerie et de férocité, un regard aiguisé sur les relations humaines et sociales. Je regrette vraiment de n’avoir pu la voir au théâtre jouée brillamment par Pierre Vaneck, Fabrice Luchini et Pierre Arditi.

    Fille d'un père ingénieur juif iranien et d’une violoniste hongroise arrivée en France pour fuir la dictature soviétique, Yasmina Reza étudie le théâtre et la sociologie à l'université de Nanterre. Cette pièce lui vaudra un Molière, en tant qu’auteur, en 1995.

     

    Art, Yasmina REZAArt, Yasmina REZA

     

     

     

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  • Mille soleils splendides, Khaled HOSSEINIA Kaboul, Mariam endure un mariage contraint avec un homme violent. L’arrivée de la jeune Laila sous son toit est une épreuve de plus. Mais, entre ces femmes que tout oppose, la rivalité va bientôt faire place à une indéfectible amitié... Et à l’espoir d’une autre vie.  

    Mon avis :
     

    Quel beau récit ! Quelle magnifique histoire de femmes !
    Niée, bafouée, violentée, annihilée, Mariam trouve encore la force en elle de se dresser contre l’oppresseur. Elle lutte, vole des moments de joie, de félicité, d’amour auxquels elle pourra se raccrocher ensuite dans les jours sombres. Elle puise au plus profond de son être la beauté qui a fui sa vie depuis longtemps pour éclairer celle de ceux qu’elles aiment. Sa vie touchera à toute la gamme de sentiments. Elle vivra l’insouciance, la dureté, la tendresse, l’amour, l’adoration, la honte, l’espoir, la peine, la violence...passera par des moments d’abattement, de fuite en avant puis reviendra à une vision plus positive et déterminée jusqu’à la rédemption.
     

    A travers les destins croisés de Mariam, petite harami afghane et de Laila, Khaled Hosseini nous offre un hymne à l’amour et à la liberté en hommage à son peuple, meurtri par des décennies de guerres, de luttes intestines, de rivalités fratricides où toujours la femme a été la première victime.
    « De même que l'aiguille d'une boussole indique le nord, un homme qui cherche un coupable montrera toujours une femme du doigt. Toujours. » 

    Mais Mariam c’est aussi une métaphore de l’Afghanistan, forte et faible, fière et fragile, anéantie et ressuscitée. 
     

    Cette fiction romanesque écrite par la plume alerte et précise d’un auteur à la vraie sensibilité, est un trésor d’humanité. Plongeant sa plume dans le passé de sa famille et de son peuple, Khaled Hosseini nous offre une histoire forte, éblouissante dans un décor d’apocalypse. Nous apprenons au fil des pages, les rites et coutumes de ce pays qui a si souvent fait la une des médias, sa culture, ses traditions, sa cuisine et son histoire dramatique. Ce récit de plus de 400 pages se lit aisément en raison du talent de conteur d’Hosseini. Bref un roman magnifique à plus d’un titre qui m’a plus touchée encore que « Les cerfs-volants de Kaboul » du même auteur. Un coup de cœur !
      

     

    "Nul ne pourrait compter les lunes qui luisent sur ses toits,
    Ni les mille soleils splendides qui se cachent derrière ses murs." Saib-e-Tabrizi  XVIIe siècle

     

     Mille soleils splendides, Khaled HOSSEINI

     

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  • Le bouclier d'Alexandre, Agnès VERLETUne enfant parle. Un mystère la hante que la guerre obscurcit. Pourquoi, dans sa famille nombreuse, sa sœur aînée qui était la cinquième est-elle subitement devenue la sixième ? Elle ne sait pas parce qu’elle n’a jamais demandé. Et ce silence, ce non-dit, ouvre la voie à la fiction.
    Comme l’archéologue qui tente de recomposer l’image du bouclier d’Alexandre à travers les fragments dispersés devant lui, Agnès Verlet ressuscite un passé, déchiffre l’histoire en faisant ressurgir les images qui vont combler la béance créée par l’irruption de ce frère venu d’ailleurs.

    Mon avis :

    Un livre complexe que ce « Bouclier d’Alexandre », relevant à la fois du roman et de l’autobiographie. Divisé en trois parties, il retrace la vie d’une famille de dix enfants à travers les souvenirs fragmentaires de l’une d’entre eux, la Neuvième. Une famille dont les silences et les non-dits ont façonné une fratrie peu unie, où cette Neuvième tente désespérément de trouver sa place et de comprendre ce qu’elle a toujours su, pressenti sans qu’on le lui ait jamais dit.

    La première partie a failli avoir raison de ma lecture. Encore une fois, une enfant raconte, dans un langage enfantin constitué de phrases kilométriques où s’additionnent subordonnées et relatives. La narration en spirale revient dix fois sur les mêmes faits, les mêmes descriptions avant de repartir vers un souvenir neuf, une anecdote qui semble ressurgir brusquement. J’ai dû me forcer pour avancer dans le récit.

    Puis arrive la deuxième partie où l’adulte reprend la narration à son compte, prenant de la distance avec ses souvenirs, les mettant en perspective. Et enfin, la troisième où elle nous raconte sa découverte de l’histoire de Paul, ce frère importé dont elle ne sait rien. Ces deux dernières parties, bien qu’écrites dans un style haché, où la narratrice semble parfois manquer de souffle dans cette plongée en elle-même, sont particulièrement évocateurs et ont suscité en moi toute une gamme d’émotions.

    C’est donc l’histoire d’une famille ou plus exactement, celle d’une quête, essentielle pour la narratrice. Et chaque ombre, chaque événement qui l’éloigne des réponses qu’elle recherche désespérément, met en péril son équilibre, sa propre existence. Une recherche absolue de la vérité dont elle sait qu’elle a besoin pour mener à bien sa vie. Les fragments épars dont elle a souvenir vont lui permettre de reconstruire un passé familial qui plonge dans la guerre, au moment de la rafle du Ved’hiv. Mais ce passé n’est pas le sien – elle n’était pas encore née – mais celui d’un frère mystérieusement apparu et à peine cinq mois plus vieux que sa sœur ainée, la Cinquième qui est donc devenue la Sixième. Bizarrement, cette arrivée qui ne fut pas expliquée aux aînés, cet acte de résistance, fut aussi tu aux enfants nés après la guerre. De ce silence inexplicable et de l’éducation rigoriste qu’elle a reçue va surgir une série de suppositions incroyables dans la tête de cette enfant, qui ne peut se construire sans la vérité. Cette quête identitaire prend ainsi un caractère grave, autant par l’époque dramatique où elle plonge que par la tension qu’elle provoque chez la narratrice tout au long de sa vie.

    Construit comme une mosaïque, ce roman exigeant à l’écriture particulière est éclatant. Du secret, du silence, nait une incroyable ode à la vie.

    Merci aux éditions La Différence et à Masse Critique de Babelio pour ce bel envoi.

     

     

     

     

     

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