• La chambre des officiers, Marc DUGAIN 1914. Tout sourit à Adrien, ingénieur officier.
    La guerre éclate et lors d'une reconnaissance sur les bords de la Meuse, un éclat d'obus le défigure. Le voilà devenu une « gueule cassée ». Adrien ne connaîtra pas les tranchées mais le Val-de-Grâce, dans une chambre réservée aux officiers. Une pièce sans miroir, ou l'on ne se voit que dans le regard des autres.
    Adrien y restera cinq ans. Cinq ans pour penser à l'après, pour penser à Clémence qui l'a connu avec sa gueule d'ange...

    Mon avis :

    Défiguré par un obus, dans les premiers jours du combat, Adrien ne connaîtra de la guerre que le Val-de-Grâce à Paris où il va être soigné dans une salle réservée aux officiers eux aussi « gueules cassées ». Il lui faudra accepter la situation, apprendre la patience et retrouver l’espoir d’un après dans cette salle d’hôpital où tous sont dans le même sale état que lui. Il y parviendra grâce à l’affection d’une infirmière, la ténacité d’un médecin qui tente des expériences révolutionnaires pour l’époque et le soutien de ses compagnons d’infortune. Et puis, il y a le souvenir lumineux de Clémence qui l’aidera à supporter cette parenthèse de vie où se succèdent abattements et espoirs.

    Paru en 1998, ce roman est bouleversant et sonne juste. Enfant, Marc Dugain accompagnait son grand-père à « La maison de gueules cassées » de Moussy-le-Vieux, où on avait accueilli les mutilés de guerre de la Grande Guerre. Grand-père lui aussi « gueule cassée ». Il s’est donc inspiré de ses souvenirs.
    L’écriture est sobre et efficace, le style à la fois incisif et sensible. Le lecteur se retrouve immergé dans cette salle, au cœur de la vie d’Adrien. On vit avec lui ses appréhensions et ses douleurs face au regard des soignants, de son ami, son premier regard sur son visage dévasté, celui de sa sœur, des passants dans la rue… On est content pour lui de la camaraderie qui règne dans la salle de soin, l’entraide, le soutien de tous…

    Ce court récit de guerre, loin d’être larmoyant, est un fabuleux hymne à la vie, à l’instinct de survie, au courage aussi. Un bel hommage à nos ancêtres.

     

    La chambre des officiers, Marc DUGAIN  

     

     

     

     

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  • Benny, Samy, Lulu et autres nouvelles, Geneviève DAMASDouze nouvelles, douze trajectoires de vies humaines, douze moments où des êtres atteignent leur point de rupture. L'occasion de regarder les choses en face et, pourquoi pas, de prendre une trajectoire inexplorée, d'affronter ce qui fait peur, de larguer les amarres. Il y a Elisabeth qui quitte précipitamment une réunion de famille pour ramener du wasabi, Ma qui marche le long d'une grand-route avec Benny pour chercher des pots de confiture, Jonas sous l'emprise de son chat, Alice qui choisit d'enfoncer ses talons aiguille dans la neige, Samy seul dans une maison sans vie qui cherche quelqu'un à qui parler, un jeune professeur de français qui défend un projet théâtre face à un conseil de classe... Tour à tour, ces personnages prennent la parole, à leur manière, l'occasion de murmurer une vérité qui jamais n'a été dite.

    Mon avis :

    La nouvelle est un genre difficile. En quelques pages, il faut camper des personnages, décrire un univers et faire ressentir des émotions qu’un roman aurait développé en cent fois plus de pages. C’est un genre que j’ai mis du temps à apprivoiser mais que je prends de plus en plus plaisir à lire. Une nouvelle, c’est dense et léger à la fois.

    Geneviève Damas maîtrise ce genre comme elle maîtrise le roman. En neuf pages maximum, elle nous croque douze épisodes de la vie de héros ordinaires. Douze moments suspendus où on sent que quelque chose va arriver, que quelque chose va changer. L’occasion pour certains d’affronter leur peur ou de prendre conscience de la réalité de leur vie ou encore de lâcher prise. C’est la vie mise à nu, simplement, et la fragilité humaine touche au cœur.

    Une fois plus, on est cueilli par la magie des mots de Geneviève Damas, la poésie de sa plume et la tendresse qu’elle a pour ses personnages. En mots justement choisis, elle décrit avec émotion l’instant où ils parviennent à briser ce qui les retient, où ils se libèrent, que ce soit d’une famille oppressante, d’un chagrin qui ronge, d’une vie de couple subie à contre cœur ou de la barbarie des hommes.

    J’ai aimé toutes ces nouvelles mais je retiendrai surtout Magnolia et Nuits de noce
    Un recueil que je vous conseille vivement.

     

    L'avis de Marilyne de Lire et Merveille et celui de Nathalie

     

     

     

    Benny, Samy, Lulu et autres nouvelles, Geneviève DAMASBenny, Samy, Lulu et autres nouvelles, Geneviève DAMAS

     

     

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  • Yechoua vient de naître. Il n'est plus dans le ventre de sa maman. Maryam le maintient contre son sein. C'est son enfant. Celui de l'homme qu'elle aime. Pas celui de Joseph. Ni celui de Dieu. Pas non plus le sauveur qu'ils attendent, pas encore. C'est sa chair, sa passion, sa déraison. Cette naissance est aussi celle de Maryam. Il faut regarder au-delà de l'enfant. Se libérer des parents. Être celle que Yechoua peut suivre. Elle se trouve une nouvelle terre d''accueil, une autre philosophie, un travail auprès des plus démunis. Bien plus que l'histoire de Maryam, ce roman est celui de toutes celles qui donnent la vie. Il raconte un boulever­sement, la maternité amenant la femme. Maculée conception affranchit Marie de son statut de sainte, l'incarne en mère et en femme, pour dire la perte de repères qu'engendre la maternité, avant le relèvement et le dépassement de soi.

    Mon avis :

    Cela m’arrive rarement avec un roman des Editions Luce Wilquin mais j’ai vraiment eu des difficultés à aborder ce livre. Je suis restée spectatrice d’un récit qui ne m’a pas touchée et m’a même plutôt agacée.
    Vu que c’est un roman, je l’ai pris comme tel, une œuvre de fiction. Mais je n’ai pas réussi à faire fi de ma culture chrétienne pour entrer dans la vie des personnages de ce roman.
    Le récit de Mélanie Chappuis prend appui sur les Evangiles de l’enfance. On y rencontre Maryam, jeune fille de 17 ans, seconde épouse de Joseph qui s’apprête à mettre au monde son enfant Yechoua. Respectant la chronologie de ces récits, elle y insère cependant des éléments tirés des récits apocryphes et de son imagination fertile. Le personnage de Maryam n’a donc rien à voir avec Marie la mère du Christ selon les catholiques. Et c’est là que le bat blesse. Il m’a été très difficile de la voir comme un personnage de pure fiction.

    Le cadre est rendu avec justesse, les descriptions de la vie quotidienne, des traditions… restituent magnifiquement ce qu’a dû être cette époque. Tout sonne juste mais…
    Maryam est enceinte de Barabas, elle se refuse à son époux qu’elle trouve trop vieux, elle a une relation conflictuelle avec sa mère, avec la servante de Joseph, s’entend mal avec les enfants né d’un premier mariage…Le massacre des innocents est ordonné parce que Yechoua est le rejeton de Barabas. Maryam se sauve seule en Egypte où elle retrouve son grand amour quelques temps et fréquente des thérapeutes qui l’aident à avancer… Joseph est assassiné avant les douze ans de Yechoua et c’est donc Maryam qui l’emmène seule au temple. (Ca, cela me semble peu crédible pour l’époque)
    Le récit est entrecoupé des pensées de Maryam qui nous apparaît comme hautaine, égoïste, profiteuse, orgueilleuse, possessive… et en proie à une instabilité émotionnelle perturbante.

    Bref. Je n’ai pas compris le but de l’auteur qui se défend de vouloir choquer ou de remettre en cause les dogmes catholiques. Ce récit ne m’a pas choquée. Je ne le comprends pas.
    Ne pouvait-elle écrire le même sans se baser sur des personnages aussi emblématiques ? Pourquoi revisiter l’histoire ? Pourquoi faire de Marie, une femme contemporaine mal dans son statut de femme, de mère et d’épouse ? Pourquoi en faire une femme déprimée vouant un amour fou à son enfant, un amour fusionnel déséquilibrant ? Pourquoi, me semble-t-il, en avoir fait une femme qui lui ressemble ?
    Si l’on fait fi du rapport historique pour ne voir qu’un récit, on y trouve une jolie plume, décrivant sensibilité, tendresse, questionnement sur le mystère de la maternité qui permet à la femme de devenir mère, un bonheur et un risque, une joie immense et un flot de craintes. On découvre un amour charnel fusionnel déstabilisant et on assiste à un déchirement lorsqu’il faut se préparer à donner des ailes à son enfant, en être dépossédée. Rien de bien neuf cependant.
    Un récit dont je ne peux mieux vous parler. Je pense être passée à côté. A vous de voir s’il est pour vous, s’il vous tente.

     

    Maculée conception, Mélanie CHAPPUISSuisse

     

     

     

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  • La guerre des Lulus, tome 2 : Hans, Régis HAUTIERE & HARDOCLucas, Lucien, Luigi et Ludwig : quatre des pensionnaires de lorphelinat de labbaye de Valencourt en Picardie, et que tout le monde, par commodité, surnomme les Lulus. Leur univers a volé en éclats au cours de l’été 1914. Totalement isolés à larrière des lignes allemandes lors du déclenchement de la guerre, ces quatre inséparables bientôt rejoints par une autre réfugiée, Luce, 13 ans, ont dû en urgence apprendre à survivre dans un environnement soudain devenu très hostile. Réfugiés dans une cabane en forêt, les Lulus doivent en outre gérer linconnue que représente lunique adulte de leur petit groupe : Hans, un soldat allemand devenu leur prisonnier. Contre toute attente, celui-ci savère un compagnon conciliant, trop heureux déchapper au conflit et à ses combats sanglants. Une sorte de paisible bonheur sylvestre finit même par prévaloir au fil des mois, tandis que la guerre senracine dans lannée 1915.

    Mon avis :

    Nous retrouvons les cinq enfants dans leur cabane en forêt. Hans, leur prisonnier allemand les aide à soigner Luce qui a pris froid. Peu à peu la confiance s’installe entre les enfants et lui puis une véritable amitié. L’hiver 14 a été rude. Hans les aide donc à consolider et agrandir leur cabane et à préparer des provisions pour l’hiver suivant. On a du mal à croire que la France est en guerre. Jusqu’à ce que…

    Ce deuxième tome tient toutes ses promesses. Un peu moins drôle que le précédent, situation oblige, il est empreint d’une grande tendresse et d’une émotion vraie. Les personnages sont toujours aussi attachants, le ton juste et l’humanité qui traverse cette histoire malgré les circonstances fait plaisir à voir. Moments de joie et de tristesse alternent, rendant crédible cette vie de Robinson hors du temps.

    J’ai beaucoup aimé les dessins de la forêt, l’atmosphère et la lumière sont joliment rendues. En regardant bien, on aperçoit dans le paysage, un écureuil, un lapin… petits détails qui ont leur importance, comme autant de douceur dans un monde de brutes. Mention aussi aux souvenirs de Hans quand il raconte la guerre aux enfants. Ces cases sont simplement magnifiques.

    Une série qui semble être de plus en plus travaillée et précise. J’ai hâte de découvrir la suite à l’automne.

    La guerre des Lulus, tome 2 : Hans, Régis HAUTIERE & HARDOC

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  • Belges en France, Jacques MERCIEROn parle beaucoup de cet engouement pour les Belges qui gagne l’Hexagone depuis quelques années. De nombreux Belges font carrière en France ; ils ont pour réussir de multiples qualités : ce sont des travailleurs inventifs, débrouillards, dotés d’un grand sens de l’autodérision et d’un humour intelligent. L’exiguïté de la Belgique, carrefour de langues et de cultures, où beaucoup ont d’ailleurs gardé une résidence, leur a donné une ouverture d’esprit peu commune. Si on connait bien les Belges « médiatisés » dans les domaines du cinéma, de l’audiovisuel, de la culture, il ne faudrait pas oublier les hommes d’affaires, les innovateurs et tous ceux qu’on appellera les « Belges de l’ombre »… Les voici donc évoqués et répertoriés, ces Belges évoluant en France et la faisant évoluer.

    Mon avis :

    Le mois belge d’Anne et Mina se termine aujourd'hui. Il m’a donné l’opportunité de sortir de ma PAL ce livre qui y sommeille depuis près de deux ans. Je l’en sors à l’occasion pour lire un chapitre ou vérifier une info. Mais ici, je l’ai davantage découvert. Publié en 2006 par Jacques Mercier, il présente en dix-huit chapitres thématiques plus de trois cents personnalités. Du cinéma contemporain aux personnalités « hors série », en passant par les vedettes du petit écran, de la chanson, de la littérature, de la BD ou encore de l’art sous toutes ses formes, cet ouvrage non exhaustif tente d’esquisser les parcours des Belges auréolés chez nos voisins sans qu’ils sachent forcément qu’ils sont Belges.
    Ce recueil parle évidemment de la relation amour-haine qui existe entre nos voisins d’Outre Quiévrain et nous mais il va au-delà des apparences, de l’exotisme qui, vu de France, semble nous définir, et s’attache à mettre en lumière les talents de nos compatriotes, expatriés ou non.
    Une demi page par personne (jusqu’à deux pour les plus populaires ou les plus prolifiques : Amélie Nothomb, Gérard Corbiau, Frédéric Flamand, Christine Ockrent, Olivier Minne, Etienne Davignon, Johnny Halliday, Charles Loos…) est consacrée à chacun. On y retrouve la date et le lieu de naissance, la formation suivie et un résumé du parcours professionnel.

    Un ouvrage de référence qu’il serait bon d’actualiser car en une décennie, de nouveaux talents ont émergé chez nos voisins comme Myriam Leroy par exemple.

    Pour conclure, un petit jeu : Belge ou Français ?
    Alain Berliner, Bernard Yerlès, Natacha Amal, Pierre Marcolini (chocolatier), Paul-François Vranken (champagne), Lara Fabian, Frank Michaël, Gérard Mortier, Hubert Nyssen, Eugène Savitzkaya, Kitty Crowther, Mario Ramos, Benoit Sokal, Jacques Martin (BD), Panamarenko, Pierre Alechinsky, Albert Frère (LVMH), Olivier Strelli, Jacques Rogge, Noël Godin, Sœur Emmanuelle…

     

     

     Belges en France, Jacques MERCIER

     

     

     

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  • BBruxelles, Art Nouveau Art Déco, Anne-Lise QUESNELruxelles recèle d’exceptionnels trésors Art nouveau et Art déco que les lecteurs pourront découvrir à travers une sélection de lieux mythiques, incontournables et atypiques. Brasserie centenaire, musée aux collections prestigieuses, promenade dépaysante ou statuaire monumentale, ce livre vous offre une occasion unique de « vivre Bruxelles » au rythme de la belle époque et des années folles.
    Sortant des sentiers battus, l’auteur a déniché les meilleures adresses pour se rafraîchir à la terrasse d’un établissement Art nouveau, se régaler dans un restaurant de la même époque, piquer une tête dans une piscine Art déco ou bouquiner dans une bibliothèque aux lignes 1920.
    Que vous soyez novice, amateur ou esthète, les deux tendances n’auront plus aucun secret pour vous ! La démarche comparative a donc été privilégiée afin de vous livrer les clés de lecture de ce patrimoine grandiose.
    A ceux qui rêvent de beautés architecturales dévoilées, Bruxelles Art nouveau, Art déco vous démontrera combien la capitale de l’Europe est artistique.

    Mon avis : 

    Anne-Lise Quesnel qui signe les textes et les photographies de cet ouvrage est historienne de l’art. Elle nous propose ici des balades dans les diverses communes de Bruxelles avec comme fil conducteur les édifices Art nouveau ou Art déco qui ornent la capitale.  

    Cette architecture nait dans le début XXe siècle, époque florissante où la Belgique industrielle fait partie des grandes puissances. En pleine expansion, la capitale se pare d’édifices publics et privés exceptionnels. Beaucoup sont encore là aujourd’hui et certains ont conservé leur vocation d’origine. L’auteure nous emmène à la découverte d’une soixantaine d’entre eux. Aux côté des incontournables, Bruxelles Art nouveau, Art déco présente une sélection de lieux tout aussi atypiques qu'attrayants. 

    L’Art nouveau et l’Art déco sont dissemblables même si dans la tête de beaucoup la confusion existe. Anne-Lise Quesnel a donc choisi de comparer ces styles dans le guide qu’elle nous propose.  

    Un guide abondamment illustré qui nous encourage à nous promener le nez en l’air dans Bruxelles tant il y a de richesses insoupçonnées à découvrir.

     

     

    Bruxelles, Art Nouveau Art Déco, Anne-Lise QUESNELBruxelles, Art Nouveau Art Déco, Anne-Lise QUESNEL Bruxelles, Art Nouveau Art Déco, Anne-Lise QUESNEL

     

    Old England, Musée des instruments de musique – Restaurant Osteria delle Stelle- Le Résidence Palace

     

     

     

     

     




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  • Le géranium de Monsieur Jean, Michel TORREKENSJe ne peux plus me déplacer sans aide. La plupart du temps, c’est une soignante qui se porte à mon secours. C’est bien le mot : secours. Je suis en situation continuelle d'assisté, obligé de me plier au bon vouloir d une autre personne. Cela m’a appris l’humilité. Bien malgré moi. Après avoir dirigé des années durant une équipe de quinze personnes, je ne suis plus maître de moi-même. Vous avez beau penser que cela risque de vous arriver un jour, vous vous bercez le plus longtemps possible d’illusions.
    Comment vivre dans un espace de quelques mètres carrés ? Son confinement conduit Monsieur Jean à retrouver des petits bonheurs oubliés : le toucher d une peau aimée, la saveur d un verre d’eau, l’odeur de l’herbe coupée, la vision fugitive d un vol de martinets...
    Et puis il y a Axelle, encore alerte, elle, et qui lui rapporte tous les petits potins et événements qui agitent la résidence. L’existence ne l’a pas épargné ce n’est qu’à la fin du livre que s’éclaircira le mystère de la disparition de sa femme au Pérou mais Monsieur Jean espère encore secrètement une ultime réconciliation. Avec lui-même et avec ses proches...

    Mon avis :

    Il y a longtemps qu’un roman ne m’avait émue à ce point. Dès les premières lignes, l’émotion m’a étreinte pour ne plus me quitter. Ne vous méprenez pas, ce récit n’est pas larmoyant, il ne verse pas dans la sensiblerie. Il raconte juste la vie, le temps qui passe, la vieillesse et les déchéances qu’elle entraine, la dépendance qu’on espérait ne jamais subir et devant tout cela un sentiment de résignation bien humain.

    Monsieur Jean, horticulteur à la retraite, vient d’entrer en maison de repos. Homme actif, père de trois enfants, il n’a jamais eu le temps de l’introspection. Là, par la force des choses, le temps lui est donné et il va le prendre pour revisiter les moments importants de son existence. 
    Il doit s’habituer à cette nouvelle vie, à cette dernière vie, ultime étape de sa finitude. Malgré les visites régulières de sa famille, le temps semble long. Il se replonge dans ses souvenirs, relit des lettres de sa femme disparue, dialogue intérieurement avec ses parents dont le portrait le regarde tendrement. Il renoue même avec sa première petite amie, résidente elle aussi. Et puis, il contemple chaque jour un géranium, une bouture devenue plante sur l’appui de fenêtre de sa chambre. Et lui qui en a planté un million sans avoir le temps de les admirer, va prendre plaisir à le regarder grandir. Dans cet espace-temps suspendu, il semble découvrir de nouvelles facultés d’observation et développer tous ses sens avec acuité.  

    Ce récit simple et pudique, cette chronique d’une mort annoncée, touche au cœur car il nous parle de nous. De ce qui nous attend, de ce que nous vivons ou avons vécu avec nos proches. Cette introspection lucide à l’aube d’une vie n’est cependant pas triste mais positive et lumineuse. Elle ne gomme pas les souffrances physiques ou morales mais elle les apprivoise. 

    L’écriture de Michel Torrekens est précise, savoureuse ; son récit court mais dense. Chaque mot est choisi avec soin, chaque phrase suscite nos propres représentations, réveille nos propres souvenirs. Et l’on retrouve des sensations enfouies, des instants oubliés, des émotions mises à l’écart. Et cet effet miroir fait poindre l’émotion.

    Ce premier roman de Michel Torrekens, rédacteur en chef adjoint au Ligueur, a reçu cet automne à Liège, le Prix Saga Café - ce qui me l’a fait découvrir. Je ne peux que vous inviter à vous laisser tenter à votre tour par ce très beau récit.

     

     

     Le géranium de Monsieur Jean, Michel TORREKENSLe géranium de Monsieur Jean, Michel TORREKENSLe géranium de Monsieur Jean, Michel TORREKENS

     

     

     







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