• Zebraska, Isabelle BARYMartin Leroy, quinze ans six mois et vingt-deux jours, vient de recevoir un étrange cadeau: un paquet de feuilles reliées. Il croit dabord à une farce - on ne lit plus de livres en 2050 -, mais lorsquil découvre sur la première page la dédicace À mon petit zébron Marty, il est pris dun véritable tremblement. Au risque de paraître ringard, il entame clandestinement la lecture de ce texte qui dévoile la vie mystérieuse et bouleversée dun enfant Haut Potentiel dans les années 2010 et celle de sa mère touchante et burlesque à la fois... Il comprend peu à peu quil nest pas étranger aux secrets bien gardés que renferme le récit.

    Mon avis :

    Je ne savais trop à quoi m’attendre avec « Zébraska » avant d’entendre Isabelle Bary en parler. Je savais juste que c’était son 7e roman et qu’il abordait la problématique des enfants à Haut Potentiel. J’ai appris que l’auteure a elle-même un adolescent surdoué et que ce roman a été comme une évidence pour elle à un moment donné. Un besoin d’expliquer les difficultés de ces enfants, les leurs et celles de leur entourage, un besoin de tourner une page aussi. Ce livre fut en quelque sorte, une thérapie.
    Je ne connaissais pas intimement le sujet avant cette lecture. Enseignante dans le qualifiant, je n’ai rencontré qu’un seul enfant HP durant ma carrière et assez éloigné de Thomas. J’ai donc découvert cette réalité à travers les yeux de Mamiléa, de Thomas et de Marty.
    J’ai aimé le fait que ce soit un roman, une histoire où les héros sont particuliers  (et terriblement attachants). Un roman qui se déroule en 2050, ce qui permet de porter un regard distancié sur notre époque et propose une réflexion intéressante sur le monde que nous laisserons aux générations à venir. Les difficultés de vie et d’acceptation de Thomas sont celles de tout enfant différent. Ici, c’est un HP mais la souffrance qu’il raconte, l’inadaptabilité qui est la sienne peuvent se retrouver chez des enfants dysphasiques, autistes, TDA/H... difficultés d’apprentissage que je côtoie constamment.

    Dans une classe de normo pensants, un enfant différent, quel qu’il soit, sera forcément en marge, l’action pédagogique des enseignants étant adaptée à la norme, elle souffrira donc d’une certaine inadéquation. La différenciation, bien qu’étant notre objectif, n’est pas toujours favorisée par le nombre et les multiples profils apprenants des élèves. J’imagine donc assez bien le décalage intellectuel qui doit exister entre un HP et le reste du groupe. Cela doit également affecter le fonctionnement pédagogique habituel et représenter une problématique douloureuse aussi bien pour l’enseignant que pour l’élève.

    J’ai été touchée par ce roman hors norme, par ces enfants qui pensent différemment, souffrent de synesthésie, décodent le quotidien à leur façon... Que de souffrance, que ce soit chez l’enfant ou chez la maman ! Remise en question permanente, peur du regard des autres, angoisse face à l’avenir, souffrance de l’isolement, du rejet, du déséquilibre de l’enfant, de son inadaptation... Mais malgré tout, Isabelle Bary ne nous propose pas un récit anxiogène. L’humour est bien présent, l’espoir aussi. Chaque avancée est une victoire même si on avance comme à la procession d’Echternach, s’il faut recommencer encore et encore. Elle trouve les mots justes pour décrire les situations et les émotions intenses qui traversent ce roman de part en part. Les parents concernés se reconnaissent très certainement dans ce récit et ceux qui, comme moi, le lisent en spectateur, touchent du doigt une réalité qu’ils ne soupçonnaient pas. 

    Mais ne perdons pas de vue que ce livre est avant tout un roman. Un roman qui parle aussi d’héritage, de lecture, de progrès technologiques et relationnels, d’anticonformisme... Bref, une histoire d’espérance et de foi, une belle ode à la vie et un pari réussi. 
     

    "On ne choisit pas le monde qui nous entoure, mais bien la façon de s'y promener."

     Un autre avis, celui de Nath


     

    Zebraska, Isabelle BARY

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  • Ristigouche, Eric PLAMONDONLe doute est comme une vague dans la mer. Il y a un mois, sa mère est morte. Quelqu’un lui a dit que, pour être un vrai pêcheur, il fallait avoir pêché au moins une fois dans sa vie un saumon. C’est pour ça qu’il est parti sur la rivière Ristigouche. Pour ça, et parce qu’il y a un mois, sa mère est morte. Le doute est comme une vague dans la mer. 

    Mon avis :

    Courte nouvelle de 52 pages et pourtant récit complexe.

    Sa mère est morte et avec l’héritage, Pierre s’est offert un pick-up, une tente, un canot pneumatique et un équipement de pêche au saumon. Il prend quelques jours pour aller à la pêche. Ce sera l’occasion de faire le point sur sa vie, d’essayer de reprendre pied à près de 60 ans. Fils unique, sans père, il a été élevé par une mère aimante et courageuse qui lui a tout appris. Même la pêche. Ce voyage sera une sorte d’hommage.

    Ce court roman raconte en fait trois histoires qui s’entremêlent. Il y a l’histoire de Pierre Lhéger qui se remémore son passé, celle de son ancêtre ayant participé à la bataille de la Ristigouche en 1760 et le récit de la journée de pêche. On passe de l’une à l’autre sans transition, seuls les couplets d’une comptine ponctuent le tout. Les paragraphes s’enchainent donc de manière fluide et naturelle. Ecrites dans un langage poétique, les phrases courtes rythment les souvenirs du narrateur et soutiennent le suspens jusqu’au bout. En peu de mots, Eric Plamondon nous raconte une histoire personnelle ancrée dans l’Histoire du Québec et on se délecte de ce texte fort à l’écriture vive. Le livre se ferme et on en voudrait encore.

    La série Nova, c'est dix novellas écrites par les auteurs de la maison d’édition Le Quartanier. Une agréable façon de découvrir de nouveaux auteurs québécois et d’oser ensuite leurs autres productions.

     

     Ristigouche, Eric PLAMONDONRistigouche, Eric PLAMONDON

     

     

     

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  • J'écris parce que je chante mal, Daniel H. RONDEAUCe matin, je roulais à 120 vers le travail. Rien ne pressait pourtant, mais la moto semblait avoir trouvé l’hiver très long.
    Je suivais depuis quelques moments une de ces voitures-camions qu’on excuse par l’arrivée d’un enfant. Dans cette boite de tôle six cylindres, il y avait une gamine au sourire troué qui me regardait avec fascination. Je lui ai fait un salut de la main. Elle n’a pas répondu. Petite conne. Je lui ai donc fait une grimace. Elle s’est cachée jusqu’aux yeux derrière le dossier de la banquette, puis, sans prévenir, elle m’a tiré une balle avec son index. Bang
    !

    Mon avis :

    Daniel Rondeau est professeur de français dans un collège anglophone de Montréal. Linguiste amoureux de la langue française, il excelle dans l’art de décrire des rencontres. Il nous propose dans ce recueil, plus de cinquante nouvelles minimalistes où, en mots choisis, il nous dépeint un moment suspendu dans la vie de ses personnages. Ces instantanés, écrits dans une langue superbe, créent en peu de mots un univers différent à chaque fois mais toujours décrit avec une belle sensibilité. Rien de commun, de plat, de niais dans ces scènes de vie ordinaire touchantes où en quelques phrases il saisit l’essentiel de l’atmosphère, du décor, de la situation. Il n’a pas son pareil pour toucher le cœur des relations humaines, le petit défaut, la blessure cachée, le moment de grâce... Surprise par la mélancolie que dégagent ces textes, j’ai pourtant pris plaisir à côtoyer les êtres solitaires qui les peuplent. Il faut beaucoup aimer l’humain pour en parler si bien en si peu de mots.

    Daniel Rondeau joue et jongle avec les mots qu’il brode en phrases délicates telle une dentelle de Bruges. Outre cette langue poétique d’une grande finesse où affleure beaucoup de tendresse, j’ai aimé les situations décrites. Tant de tranches de vie où chacun peut se reconnaitre ou que l’on a vécues sans en percevoir la force dramatique ou drôle que Daniel Rondeau en retient, son regard bleu profond portant au-delà des apparences. Il nous offre ici des portraits magnifiques dans lesquels il a certainement glissé une part de lui-même.

    Un recueil qui m’a touchée et auquel je reviendrai certainement. Je ne peux que vous encourager à lire à votre tour ce coup de cœur québécois paru en Belgique aux Editions Quadrature, car si Daniel Rondeau chante mal, il écrit magnifiquement bien.

     

    J'écris parce que je chante mal, Daniel H. RONDEAU

     

     

     

     

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  • Chaque automne j'ai envie de mourir, Véronique COTE & Steve GAGNON«Mais moi on dirait que j'ai pas signé de contrat, je me rappelle pas d'avoir signé ça là, un contrat de gentillesse sociale, pis je me dis que, qu'on se connaisse ou pas, on se parle des fois quand ça nous adonne, pis d'autres fois on se parle pas parce que ça nous tente pas cette fois-là, pis y pourrait comme pas avoir de problème, on pourrait arrêter de se poser des questions pis de se sentir coupable. Pis ça se peut aussi de juste sourire, on sous-estime je trouve les sourires, mais c'est simple, c'est rapide, c'est sobre mais en même temps très chaleureux, ça veut dire ce que ça a à dire.»

    Mon avis :

    Ce recueil de courtes nouvelles a une histoire étonnante. Pour un parcours théâtral déambulatoire, Véronique Côté (comédienne et metteure en scène) a lancé « un appel aux secrets » sur internet. Elle a demandé qu’on lui confie un secret en échange d’un anonymat total. Des centaines de missives et de messages sont arrivés. Des drôles, des émouvants, des troublants, des choquants... Il a fallu faire un tri puis les réécrire en petites histoires courtes destinées à être jouées en quatre ou cinq minutes, devant un public intime, dans des lieux publics. Des secrets susurrés à l’oreille des spectateurs. Steve Gagnon (comédien et auteur) s’est joint à elle pour finaliser tout ça. Trente sept petits récits concis, justes, enchanteurs et vifs à la fois sont nés et forment ce recueil à déguster lentement.

    Comme souvent, tous n’ont pas fait écho en moi. Mais beaucoup m’ont fait frissonner, m’ont touchée ou fait sourire. Je pense notamment à « Carnet » et « Lapin ». (La première phrase de « Lapin » a d’ailleurs donné son titre au recueil). Que de tendresse et d’amour dans ces deux nouvelles !
    P
    orteurs d’un titre en un mot et classés par ordre alphabétique, ces petits bijoux littéraires, ces secrets personnels dissimulent une force et une fragilité incroyables rendant hommage à ceux qui composent notre univers.

    Rédigées dans une langue courante qui colle aux histoires racontées, ces fenêtres ouvertes sur la vie parlent d’enfance, d’amour, de famille, du temps qui passe, de déception, de peur, d’attente... Chaque récit est une découverte, une surprise. Ils auraient pu être écrits par chacun de nous, pour chacun de nous et c’est en cela qu’ils sont le plus émouvants. J'ai vraiment beaucoup aimé.

    Un recueil à emmener partout pour lire un secret quand on a cinq minutes et le laisser infuser en nous. A déguster sans modération.

     

     Chaque automne j'ai envie de mourir, Véronique COTE & Steve GAGNONChaque automne j'ai envie de mourir, Véronique COTE & Steve GAGNON

     

     

     

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  • Dans le bleu de ses silences, Marie CELENTINBérénice, fille du roi Ptolémée Philadelphe, a vécu au IIIe siècle avant notre ère. On lui donna le surnom de Phernèphoros, « celle qui apporte la dot », en raison du trésor inestimable quelle reçut de sa famille lors de son mariage avec le roi de Syrie. Cinquante ans plus tôt, Alexandre le Grand était mort prématurément, en léguant un monde nouveau à ses compagnons darmes et aux milliers daventuriers qui lavaient suivi dans sa flamboyante conquête de lOrient. Nous sommes au début de laventure de lÉgypte des Ptolémées. Nous sommes à lorée dune nouvelle ère. Lhistoire dAlexandrie ne fait que commencer. Pour tous ceux qui y vivent, elle est déjà une légende. À la manière de Bérénice, Titus, Ptolémée, Zénon, Nathanyah, Diounout et tous les autres, nous aussi, nous sommes tous, alourdis par le poids des traditions et des souvenirs qui nous ont été transmis, modelés par notre temps et notre histoire familiale, nous sommes en quête de bonheur et parfois capables, au détour dune rencontre, à la faveur dune coïncidence, de sublimer notre destinée et de conquérir notre liberté.

    Mon avis :

    D’emblée, je voudrais adresser mes plus vifs remerciements aux Editions Luce Wilquin et à leur attachée de presse pour m’avoir envoyé ce roman. J’avoue humblement que je ne l’aurais peut-être pas lu s’il ne m’avait été offert. En effet, la longueur et le poids de l’ouvrage m’auraient probablement freinée. Et c’eut été bien sot.

    Le récit qui nous est conté comprend trois parties et s’étend sur une trentaine d’années. Tout commence à Alexandrie au printemps 274 ACN dans la capitale hellénistique de l’Egypte. Ptolémée II règne alors, en digne successeur pense-t-il, d’Alexandre le Grand. Les Ptolémaia sont célébrées en grande pompe afin de rassembler en une même ferveur patriotique les cultures grecque et égyptienne. Au même moment arrivent à Alexandrie deux ambassadeurs romains, chargés de nouer des liens commerciaux et de sceller des alliances politiques entre les deux puissances méditerranéennes. En ces jours de libation, un jeune homme, Callias, rentrant de mission pour le roi est sauvagement assassiné dans une ruelle de la ville. Ce crime sauvage et odieux va pousser Péisiclès à diligenter une enquête personnelle et discrète sur cet assassinat.

    Cette première partie, principalement tournée vers l’intrigue policière, est l’occasion pour l’auteure de mettre en place ses nombreux personnages dans un décor soigneusement détaillé tant géographiquement que socialement. Dès les premières pages, le cadre est donné. On découvre la ville d’Alexandrie, son architecture novatrice, ses mythes et ses légendes, les intrigues, les dessous du pouvoir, la vie quotidienne du peuple et des nantis et surtout Ptolémée II. Ce roi malgré lui aurait-on envie de dire, qui aime la bonne chair, les plaisirs de la vie, la poésie, la culture, la philosophie mais n’est certes pas un chef de guerre. Bref un jouisseur qui exalte la joie et la beauté. « Il voulait que chaque instant de sa vie, à défaut d’être une fête, fût une œuvre d’art. » «  La délectation dans tous les domaines était son empreinte, sa création, l’unique réalisation de son règne qu’on ne pourrait attribuer qu’à lui seul. »

    D’essence divine – son père n’était-il pas un dieu vivant – il se sait porteur d’un devoir, d’une mission et de responsabilités qui parfois le dépassent. Mais toujours, il cherchera à créer l’harmonie et notamment par le rapprochement des civilisations grecque et égyptienne, cette union dit-il « de l’ordre et du chaos, de la sauvagerie et de la civilisation, du plaisir et de la contrainte, de la vie et de la mort, indissociables pour comprendre la place de l’homme dans l’univers. »
    Marié deux fois, à deux jeunes femmes portant le prénom d’Arsinoé (deux opposés, la glace et le feu) il aura trois enfants de sa première épouse dont une fille, Bérénice, une jeune femme « enfermée en elle-même ». Ce qui n’empêchera pas son père de la marier de force à son ennemi Antiochos afin de faire cesser la rivalité entre les deux royaumes.

    Autour du roi et de sa famille gravitent une série de personnages que l’on suit tout au long du roman : Apollonios, directeur de la bibliothèque d’Alexandrie, Callicratès, amiral et conseiller du roi, Titus jeune romain devenu mercenaire du roi, Callimaque, Zénon, Nathanyah... et tant d’autres dont les histoires forment la trame romanesque de l’ouvrage. En suivant ses personnages, leurs amitiés, leurs amours, leur travail quotidien, Marie Celentin en profite pour glisser de belles réflexions sur l’éducation des enfants et l’enseignement, la liberté et le devoir, la littérature, les cultes ou la gastronomie. Dans la deuxième partie du livre, elle nous offre une analyse magistrale d’Iphigénie à Aulis (d’après une traduction de Marie Delcourt s’il vous plaît) et l’on ne peut que créer un lien entre la destinée de Bérénice et celle de cette jeune Iphigénie, toutes deux sacrifiées au nom du devoir d’Etat.

    A travers ces histoires où se mêlent réalité et fiction, l’auteure nous montre que le pouvoir n’est pas un don gratuit et que la plus grande force de l’homme est sans doute de pouvoir assumer ses faiblesses. Elle prouve aussi que tout être humain, quelle que soit sa condition, peut faire des choix en toute liberté et sublimer, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, sa destinée.

    Marie Celentin nous offre ici un ouvrage remarquable qui ravira les amoureux de l’Antiquité, de l’Histoire et des beaux récits joliment contés. Un livre exigeant aussi qu’il faudra apprivoiser lentement pour bien savourer toute sa richesse et sans doute un dictionnaire à la main, tant le vocabulaire est riche et pointu. Sa plume alerte nourrie des légendes et de l’histoire helléniques rend ce long récit tragique passionnant d’un bout à l’autre. Je ne peux que vous encourager vivement à le découvrir.

    Marie Celentin, professeur de langues anciennes à Liège, nous offre ici son tout premier roman.

     

     

     

     Dans le bleu de ses silences, Marie CELENTIN

     

     

     

     

     

     

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  • Kinderland, MAWILBerlin-Est, 1989. À l'ombre du Mur, la bataille fait rage. Mirco le trouillard et Torsten le rebelle affrontent les brutes du collège dans un match de ping-pong épique. Smashant les balles comme s'il y allait de leur vie, ils ne voient pas que le monde qui les entoure s'apprête à s'écrouler.

    Mon avis :

    Voici un chouette roman graphique de 300 pages, plein d’humour.

    Mawil raconte l’Allemagne de l’Est de son enfance, de ses souvenirs, jusqu’à la chute du Mur. Mirco, 12 ans, vit heureux dans sa famille. Mais une fois dehors, il a peur de tout : un changement d’arrêt sur la ligne de bus, un retard à l’école, les grands qui le chahutent volontiers... Alors, il reste le nez plongé dans un bouquin, feignant d’ignorer le monde qui l’entoure. Mais il va croiser Torsten, un nouveau un peu rebelle, qui va le prendre sous son aile. Et puis, il y a le ping pong où Mirco apparait finalement assez doué.

    Je découvre Mawil et son univers avec cette BD qui nous plonge dans la RDA, juste avant la chute du Mur. Pour en parler, Mirco est le personnage idéal. Maladroit, chétif, trouillard, un parfait anti héros sympathique et émouvant auquel on s’attache au fil des pages. Un récit d’enfance, d’amitié, de cour de récréation, de rêves et de spontanéité où pointent par touches subtilement distillées la réalité du quotidien derrière le Mur. Il y a les Pionniers qui rassemblent les enfants chaque week-end, les départs de copains dont on ne peut pas parler, des objets de l’Ouest dans on rêve, des réflexions d’adultes susurrées et que l’on entend par hasard où on retient les mots départ ou liberté... Derrière les non dits, les incompréhensions de l’enfant, on perçoit ce qui se passe réellement. Mais le point de vue reste celui de Mirco, un enfant de 12 ans qui voudrait devenir grand, plus fort, qui aimerait que celle qui fait battre son cœur le remarque, que les grands cessent de l’ennuyer, que ses parents soient moins souvent sur son dos... Le récit qui pourrait être triste et gris ne l’est pas du tout, la fraicheur de l’enfance rendant cette histoire drôle et dynamique.

    Un beau pari que de raconter l’Histoire à travers le prisme des souvenirs d’enfance. Un pari réussi pour moi. Sans doute, ceux qui cherchent des infos sur l’époque trouveront-ils le récit léger mais c’est un beau témoignage sur ce que vivent les enfants et ce qu’ils perçoivent du monde qui les entoure.

    Merci à Gallimard et Babelio.

     

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  • Adieu à Berlin, Christopher ISHERWOODLe narrateur d’Adieu à Berlin s’appelle Christopher Issyvoo. Son histoire, dans ce roman dont la première édition remonte à 1939, évoque indirectement la tempête qui se prépare à Berlin, avant et juste après la prise du pouvoir par les nazis. Les événements sont vus à travers une série de personnages : Fraulein Schroeder, la logeuse de Chris ; Sally Bowles, une épave de la haute société anglaise ; les Nowaks, une famille d’ouvriers qui travaille dur ; les Landauers, une riche famille juive qui possède des magasins et ne va pas tarder à être ruinée.
    La peinture de l’effet brutal des événements sur la vie quotidienne des êtres est une réussite totale

    Mon avis :

    Ce roman qui attendait dans ma PAL depuis six mois s’est imposé à moi après le spectacle « Cabaret » que j’ai vu en décembre. Cette célèbre comédie musicale avec Lizza Minelli est l’adaptation d’une partie de ce récit.

    Berlin 1930, la classe moyenne est ‘’en déconfiture’’, le libertinage bien présent : les prostituées déambulent dans les rues caverneuses de cette ville. C’est là que le personnage Herr Issywoo, écrivain anglais, loge dans une petite chambre lugubre du grand appartement de Frl. Lina Schroeder, la logeuse. Dès le début, il se pose en témoin de la vie à Berlin ; vie quotidienne, difficile ou insouciante, nocturne et décadente de ses divers habitants. Comme il le précise dans le prologue, il reste à la lisière des choses, comme « une caméra braquée, absolument passive, qui enregistre et ne pense pas. » Ainsi, à travers son personnage, il peut dénoncer les dérives de la société berlinoise pré-nazie tout en prenant du recul et bénéficier de l’objectivité désirée.

    En un récit en apparence désordonné, il saisit des instantanés de vie dans l'intimité berlinoise. Il croque son entourage sans jamais juger ou imposer sa vision. Il est juste témoin. Il nous présente ses relations, ses amis, ses rencontres d’un soir, les décrivant tour à tour avec humour, perspicacité ou fascination. Son regard se fait tendre et désabusé suivant les circonstances. S’impliquant peu, il ne confie jamais ses aspirations homosexuelles mais les laisse sous entendre. Il préfère mettre en lumière ses personnages qui se débattent dans un univers qu’ils ne maitrisent pas toujours, instable, provoquant voire décadent. Sentant venir des heures sombres, il fuira finalement cette ville après en avoir décrit par touches impressionnistes la décomposition.

    Ces tranches de vie relatent et illustrent une situation politique et historique très proche de la réalité. Tombée sous le charme de cette ville et passionnée par cette époque, j’ai beaucoup aimé cette autofiction, sa justesse de ton, sa finesse de description et le regard qu’Isherwood porte sur ses semblables. Jusqu’à ce que le racisme ordinaire dont il est témoin l’angoisse jusqu’à la nausée.

     

    Adieu à Berlin, Christopher ISHERWOOD Adieu à Berlin, Christopher ISHERWOOD

     

     

     

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